Le chemin de la sérénité

JetsumnaTenzinPalmo

La nonne Kôren pratiquait le Zen depuis plus de trente ans. Entrée au noviciat du monastère de la Colline-Éternelle à l’âge de 17 ans, elle en avait à présent 50. Sa vie de fertilité était achevée, mais elle n’en gardait pas d’amertume. Elle vaquait aux occupations quotidiennes avec patience et l’humeur égale, préparait le riz ou l’orge grillée, allait matin et soir chercher l’eau au puits distant d’une centaine de mètres. Parfois, un nuage de mélancolie la visitait, qu’elle chassait bien vite.

Kôren pratiquait zazen avec régularité, méditait, étudiait les écrits des grands maîtres du passé, mais elle n’avait connu le satori, la paix inimaginable, qui inonde brusquement l’âme étonnée, le rire, le grand rire de l’Eveil.

Un soir, alors qu’elle revenait du puits à la nuit tombée, elle se prit à observer sans y penser le reflet de la lune dans l’eau du seau. C’était un vieux seau, dont elle avait réparé le fond avec du bambou tressé.

Brusquement, le seau céda, l’eau s’échappa, et la lune disparut aussitôt avec l’eau du vieux seau.

A cet instant précis, elle connut le satori. Elle fut libre. Elle se dit : « Combien de seaux ai-je transportés chaque jour qui contenaient les mystères de la lune ! »

De retour au monastère, les autres nonnes la trouvèrent transfigurée. Sur son visage brillait une ineffable lumière, son corps tout entier était changé et se tenait d’une grande noblesse et beauté. Les nonnes du temple voulurent en savoir plus :

– Mais que t’est-il donc arrivé, Kôren ?

Elle leur répondit ceci :

– Les écailles de ma torpeur sont tombées de mes yeux au moment où, revenant du puits, le seau a cédé. Se vidant de son eau, la lune dont je contemplais le reflet s’est évaporée. Et j’ai vu toute la lumière du monde, j’ai goûté en un seul instant à toute la paix, la grande paix de l’univers, et j’ai touché subitement à la grandeur de l’homme.

L’éveil n’était que ça à mes yeux, un seau brisé, l’eau qui fuit et la lune soudain évaporée.

Mais regardant derrière moi, à l’endroit même où le seau avait cédé, je vis plusieurs flaques au sol, et dans chacune il y avait la lune. Oh ! j’étais bien consciente que je ne pourrais saisir ces reflets de lune, mais la lune brillait en chaque éclaboussure. Mon cœur a tressailli d’une indicible allégresse et j’ai vu, j’ai compris que tous les êtres portent en eux grandeur et bonté.

On inscrivit alors sur la porte de temple le poème suivant :

Un rêve, puis l’éveil.

Une seule lune dans mille gouttes d’eau.

L’eau tremble et la lune est troublée.

Quand l’eau s’apaise la lune revient luire de sa bonté.

Nulle main ne peut saisir le cercle doré à la surface de l’eau.

Nulle main, et pourtant il brille le cercle doré, il éclaire et embellit la nuit.

Federico Jôkô Procopio dans Le chemin de la sérénité : La voie de la méditation zen

Une pièce musicale de Moon Over the Ruined Castle Jean-Pierre Rampal et Lili Laskine – Moon Over the Ruined Castle

3 réflexions sur “Le chemin de la sérénité

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