Un papillon dans la cité

Parti pour découvrir la Martinique, je vous propose quelques vidéos et textes d’écrivains sur cette île.

Rien n’empêche le soleil de briller sur toute la terre, pas même le temps qui passe, la misère des hommes et les guerres…

*

Le facteur n’apporte jamais rien à ma grand- mère. Il passe devant notre case en hochant la tête, puis détourne vivement son regard comme si, réduites à la mendicité, nous attendions qu’il nous fasse l’aumône d’une lettre. De toute façon, ma grand-mère dit qu’elle ne souhaite pas le voir s’arrêter près de chez nous.

— Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! On se porte bien, pas vrai ? Depuis le temps qu’on n’a pas reçu même une carte de bonne année, bonne santé ou bonne fête maman !

— Tu dis ça ! Tu n’as pas envie de recevoir une petite lettre de France, comme Man Elisia. Elle lui écrit, sa fille.

— Elle lui écrit ! Elle lui écrit ! Qu’est-ce que tu connais, toi ? Tu sais ce qu’il y a dans les enveloppes peut-être ! Allez, va chercher de l’eau à la fontaine au lieu de faire la savante !

Ma mère rit sur une photo que ma grand-mère serre dans une boîte à biscuits en fer blanc posée sur une pile de draps bien repassés dans son armoire. Ma mère se prénomme Aurélie.

Depuis ma naissance, je vis avec ma grand-mère, madame Julia Benjamin. On l’appelle Man Julia ou Man Ya. Je sais que ma mère est partie un jour en France, sur un gros paquebot blanc. Des fois, Man Ya s’énerve et secoue la tête. Alors, les pensées qui s’agitent derrière les rides de son front se transforment en paroles amères. Aussitôt, je demande au Bondieu de me faire entrer dans la colonie de fourmis pressées qui s’en va entre les lattes disjointes du plancher.

Gisèle Pineau dans Un papillon dans la cité

Une pièce musicale de Herbie Hancock – Butterfly

Laisser un commentaire