Passion de vivre et liberté, selon Kazantzakis (1)

Sur le bastion Martinengo, au sommet des remparts vénitiens d’Héraklion, une simple croix de bois veille sur la Crète. La pierre porte trois phrases, gravées en grec : « Je n’espère rien. Je ne crains rien. Je suis libre. » Toute l’œuvre de Nikos Kazantzakis (1883-1957) tient dans cette inscription.

Si nous ne connaissons pas l’auteur, cette épitaphe apparait comme un aveu de détachement, presque d’indifférence. Pourtant, ces mots n’expriment pas l’idée de renoncement à la vie, mais l’importante de la vivre avec intensité et sans attachement. Celui qui n’attend plus rien d’un futur ou d’un ailleurs peut enfin vivre pleinement ici.

Chez Nikos Kazantzakis, la passion de vivre et la liberté ne sont pas deux thèmes voisins. Ce sont les deux pas d’une même enjambée.

Nikos Kazantzakis n’a pas suivi une doctrine, il s’est inspiré des guides, un à un, comme on découvre de nouvelles voies de passage. Né en Crète sous domination ottomane, il grandit dans un pays où la liberté n’est pas une réalité, mais un effort de libération par une guerre. Son père lui transmet ce sentiment qu’un humain se mesure à sa résistance.

À Paris, vers 1907-1909, il suit les cours de Henri Bergson et consacre sa thèse à Friedrich Nietzsche. De l’un, il retient l’élan vital, cette poussée qui traverse la matière, de l’autre, l’exigence de se dépasser sans appui extérieur. Viendront ensuite le Bouddha, Lénine, le Christ, Ulysse, autant de figures qu’il épouse, puis quitte.

Lui-même, dans Lettre au Greco, parlera de ces guides comme des marches d’une même échelle. Chacun l’a porté plus haut, aucun n’a été le dernier. C’est peut-être la première leçon de sa liberté, ne s’arrêter à aucune réponse, fût-elle sublime.

Cette vie de quête lui coûtera cher. La Dernière Tentation du Christ est mise à l’Index par le Vatican, et une partie de l’Église orthodoxe le combat. En 1957, il manque le prix Nobel d’une voix, au profit de Camus, qui dira de lui qu’il le méritait cent fois plus.

Une pièce musicale de Peter Gabriel – Passion

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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