
Le processus de la vue peut être scindé par l’analyse en trois processus subsidiaires : ceux d’une sensation, d’une sélection et d’une perception.
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Il est clair, à en juger par le comportement des petits enfants, que nous n’entrons pas dans le monde avec des perceptions toutes faites des objets. Le nouveau-né commence par sentir une quantité de sensa vagues, indéterminés, qu’il ne sélectionne pas même et qu’il perçoit encore moins comme des objets extérieurs. Petit à petit, il apprend à discerner les sensa qui ont le plus d’intérêt et de signification pour lui et à l’aide de ces sensa sélectionnés, il arrive graduellement à percevoir les objets externes, à travers un processus d’interprétation convenable.
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Quel que soit l’art que vous désirez apprendre, l’acrobatie, le jeu du violon, la prière mentale ou le golf, l’art du théâtre, du chant ou de la danse, etc. il est un point sur lequel tout bon maître insistera toujours : apprenez à combiner le relâchement avec l’action; apprenez à exécuter sans tension ce que vous avez à faire; travaillez dur, mais jamais sous tension.
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La faculté de perception est reliée aux expériences accumulées par l’individu, en d’autres termes à la mémoire.
La vue claire est le produit d’une sensation exacte et d’une perception correcte.
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Ainsi pratiqué, l’art de voir nous restitue – ou réactive en nous – le goût du réel. Il nous guérit de cette propension à la rêverie vague et confuse (qui n’a rien de commun avec l’imagination créatrice de vie).
Il nous apporte ce supplément de force, de sympathie et de confiance qu’on éprouve toujours dès qu’on se sent plus présent dans le monde – et présent autant par le contact avec l’extérieur que par l’accord profond avec soi-même.
Aldous Huxley dans L’Art de voir
Une pièce musicale de Armand Amar – La terre vue du ciel
