Le renoncement conscient (Moine chrétien)

Le renoncement conscient, s’isoler du monde comme mode de vie, un phénomène très présent partout sur la planète, et intrigant. Je vous partage quelques réflexions sur le sujet.

L’équivalent le plus direct du concept de sadhu se trouve dans le monachisme chrétien, avec une différence de taille par rapport à l’islam, ici, le renoncement total au monde n’est pas seulement toléré, mais activement institutionnalisé et sanctifié.

Au IIIe-IVe siècle, des figures comme saint Antoine le Grand se retirent dans le désert égyptien pour vivre en ermites. Solitude, jeûne, combat spirituel contre les démons et les passions, dénuement total. L’Apophtegme et la Vie d’Antoine d’Athanase décrivent un mode de vie qui ressemble beaucoup, dans sa forme, à celui d’un sadhu himalayen, isolement, mendicité ou autosuffisance minimale, épreuves corporelles comme voie d’accès au divin.

Ce sont probablement les figures chrétiennes les plus proches des sadhus. Siméon le Stylite, qui vécut des décennies au sommet d’une colonne, en est l’exemple.

Puis, sous l’influence de Pacôme, de saint Basile et de Saint-Benoît en Occident, le christianisme privilégie la vie communautaire à la vie en solitaire. La Règle de Saint-Benoît structure la vie monastique autour de trois vœux, la pauvreté par un renoncement aux biens, la chasteté et le célibat, contrairement à l’islam qui le déconseille et l’obéissance, par la soumission à un abbé et à une règle commune.

C’est là une différence importante avec le sadhu, le moine chrétien s’inscrit presque toujours dans une communauté organisée et une hiérarchie, rarement dans l’errance solitaire.

Il y a l’imitation du Christ, le renoncement reproduit le dépouillement du Christ lui-même, pauvre et sans domicile.

Aussi, la fuite du monde, perçu comme lieu de tentation et de péché, pour se rapprocher de Dieu dans le silence et la prière.

La prière du cœur dans la tradition orthodoxe surtout, l’ascèse la répétant sans cesse, vise une transformation de l’être qui rejoint la lumière incréée de Dieu, une notion qui résonne avec les états de conscience recherchés par certains yogis.

Au XIIIe siècle, François d’Assise et Dominique rompent avec le monastère fixe pour un idéal de pauvreté et d’itinérance, les franciscains et les dominicains vivent d’aumônes, errent de ville en ville, prêchent. François, refusant même la propriété collective de son ordre, incarne peut-être la figure chrétienne la plus proche du sadhu au sens strict, le dénuement total, la pauvreté volontaire, la vie donnée entièrement à Dieu dans le mouvement plutôt que dans la clôture.

Le sadhu cherche généralement à sortir d’un cycle (samsara) par la connaissance ou l’union avec le Soi/l’Absolu impersonnel, notamment dans les courants non duels. Le moine chrétien, lui, ne cherche pas à s’évader d’un cycle, mais à entrer en relation avec Dieu, le renoncement n’est pas la dissolution d’un moi illusoire, mais sa purification et sa transformation en vue d’une union amoureuse avec un Autre. C’est une vision linéaire (création, chute, rédemption, résurrection) et non cyclique, ce qui change profondément le sens même donné à l’ascèse, moins une technique de libération qu’un chemin de conversion et d’amour.

Une chanson de Le Séguin – Prière à la Terre

Les paroles sur https://www.musixmatch.com/fr/paroles/S%C3%A9guin/Pri%C3%A8re-%C3%A0-la-terre

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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