Avant le mot résilience

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La notion de résilience, au sens psychologique de capacité à se reconstruire après l’épreuve, est récente. D’une part, le terme vient de la physique des matériaux. Puis, il a été introduit en psychologie au XXe siècle, notamment par Boris Cyrulnik. Selon le psychiatre, la résilience se définit fondamentalement comme la reprise d’un développement psychologique après un traumatisme. Dans Les Vilains Petits Canards, il présente la résilience comme la capacité, pour une personne confrontée à des évènements très graves, de mettre en jeu des mécanismes de défense lui permettant de tenir le coup, voire de rebondir en tirant profit de son malheur.

Mais, l’expérience qu’elle exprime, elle, traverse presque toutes les grandes traditions orientales et occidentales, sous des formes conceptuelles différentes.

Par exemple, dans le stoïcisme, la résilience trouve, en partie, son expression la plus proche avec l’idée que l’âme peut rester inébranlable (ataraxia) face aux coups du sort, non pas en les niant, mais en distinguant ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. On pense alors à Épictète. Il y a aussi Marc Aurèle, qui a écrit sur la manière de transformer l’obstacle en matière à vertu, une idée que les stoïciens contemporains résument par « l’obstacle est le chemin ».

Dans le bouddhisme, on trouve une structure différente, mais convergente : la souffrance (dukkha) n’est pas à fuir, mais à traverser avec lucidité. La résilience y est moins une force de résistance qu’une souplesse née du non-attachement — l’image du roseau qui plie sans rompre, plutôt que du chêne qui tient bon. La pratique de la pleine conscience face à l’impermanence (anicca) cultive une forme d’endurance qui n’oppose pas de rigidité à l’adversité.

Dans les traditions abrahamiques, la résilience s’articule souvent autour de l’épreuve de la foi. Job, dans la tradition hébraïque, incarne cette posture face à la perte sans rompre le lien à l’Alliance. Le concept de réparation (Tikkoun) porte en lui une forme de résilience collective et cosmique, le monde brisé qui se répare par l’action humaine. Dans le christianisme, la figure du Christ souffrant sur la croix, puis ressuscité, offre un archétype de résilience transfigurée, l’épreuve n’est pas seulement surmontée, elle devient une voie de passage vers autre chose.

Dans le Vedānta, la question se pose différemment. Si le Soi véritable (Ātman) est au-delà de l’atteinte et du changement, alors la résilience ultime n’est pas une force qu’on développe face aux épreuves, mais une reconnaissance, se rappeler que ce qui souffre n’est pas ce que l’on est fondamentalement. C’est une résilience par identification plutôt que par effort.

Ce qui est frappant, c’est que la modernité a traduit et individualisé un phénomène que les traditions anciennes pensaient plutôt comme une disposition à cultiver dans un cadre plus large, cosmique, communautaire, ou métaphysique. La résilience contemporaine cherche souvent à « rebondir » vers un fonctionnement normal. Les traditions anciennes, elles, demandaient plutôt une transformation du rapport même à l’épreuve, la souffrance devenant seuil, plutôt qu’obstacle à effacer.

Une chanson de Rising Appalachia – Resilient

Les paroles sur https://www.letras.com/rising-appalachia/resilient/traduction-francaise.html

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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