La pauvreté de la prospérité

La pauvreté appartient au monde de la prospérité, paradoxalement ces deux états sont liés. Quand j’étais jeune, ma mère ne manquait jamais l’occasion de nous rappeler que le pauvre était l’enfant du riche, autrement dit que la richesse carburait à la pauvreté qu’elle-même créait. Ma mère n’était ni marxiste ni économiste. Simplement elle savait, sans qu’on le lui enseigne, que la création de la richesse des riches provenait de l’accroissement de la pauvreté des pauvres. Certains poussent dans l’autre sens – et j’ajouterais, poussent leur chance : plus les riches sont riches, prétendent-ils, plus les pauvres y gagnent. Autrement dit, plus grosses sont les miettes…

Toute cette richesse s’appuie sur une violence historique infinie. Les vantardises du progrès cachent un immense mensonge : les sacrifices humains pour en arriver là. La richesse de l’Occident s’est réalisée au détriment des mondes colonisés, des mondes volés, violés et détruits, elle s’est constituée à coup d’esclavage, de travail d’enfants, de guerres, de conditions de vie inavouables. Le capitalisme a fini par s’approprier les gloires du progrès, par se donner un visage triomphant, avec son offre infinie de plaisirs anesthésiants. Dans un monde où l’argent fait foi de tout, où le calcul est devenu un mode de pensée, où le chiffre remplace l’idée, il n’est pas étonnant de voir l’écart entre les pauvres et les riches atteindre des sommets scandaleux. Le monde des échanges a perdu ses repères. Jusqu’où iront ces froids calculs?

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J’aime sa folie bienveillante, son courage de penser, j’aime cette espérante humanité dans l’homme de terrain. Si j’avais un conseiller d’affaires à embaucher, j’embaucherais Ianik Marcil, non pas pour devenir plus riche, mais bien pour devenir un meilleur citoyen.

Serge Bouchard, préface à : Ianik Marcil, « L’élan vers l’autre »

Une pièce musicale de Orff: Carmina Burana (O Fortuna) | KSO & GC | CM Berlin