Manikanetish

 ImAGE Totem soleil

Katshi minumamitunenitaman kie tiapuetatishuian e innuishkueuian

tshetshi mashinaitsheian, eukuan nitishinishtuteti:

kassinu auen ka itenitak tshekuannu tshetshi tutak

tshika takuannu tshetshi ut animiut muk eiapit apu nita

tshikut ui patshitenimut. Uemut eiapit nanitam peikutau

tshikaui ishimamitunenitam kie apu tshikut takuannit

tshekuannu tshetshi ui nanikanikut. Kie nete tshek tshika

peikussu, apu tshikut tant uitsheuakan. Eiapit namienu nenu

tsheut patshitenimut. Uemut eiapit anu tshikaui tutam nenu

tshekuannu ka itenitak tshetshi tutak.

Après avoir bien réfléchi et après avoir une fois pour toutes pris, moi une Indienne, la décision d’écrire, voici ce que j’ai compris: toute personne qui songe à accomplir quelque chose rencontrera des difficultés mais en dépit de cela, elle ne devra jamais se décourager. Elle devra malgré tout constamment poursuivre son idée. Il n’y aura rien pour l’inciter à renoncer, jusqu’à ce que cette personne se retrouve seule. Elle n’aura plus d’amis mais ce n’est pas pour cela non plus qu’elle devra se décourager. Plus que jamais, elle devra accomplir la chose qu’elle avait songé à faire.

Revenir est la fatalité. Dans ce tout petit village, cette nature épineuse, sablonneuse, imaginée de toutes pièces depuis mon enfance, immuables souvenirs.

Dans ma rue, au bord de la baie, je me fondais à la masse. Moi la petite fille tranquille. Je pleurais si peu bébé, que ma mère bousculait mon sommeil s’assurant de mon souffle. Je pleurais si peu enfant, que ma mère m’avait oubliée sur les marches de l’escalier. Plus tard, l’étrange justice de la vie a rattrapé chacune de mes larmes.

Quitter ma maison beige, c’était tout quitter. Même si le tout peut sembler insignifiant lorsque l’on ne possède presque rien. Un lit en fer blanc et une couverture à motifs. Une maison de poupée, une salle de jeux au sous-sol, le plancher en ciment peint en bleu. Passer tout l’hiver aux joues rouges de froid, tout l’été à la peau aussi brune que celle des enfants du Sud.

 Peut-être qu’un jour, je reviendrai sur le bord de cette baie, embrasser ma tante et jouer dans ma chambre. L’exil se trouve à huit heures en voiture et il a la peau pâle. Il avait fallu à ma mère deux jours pour faire la route, cette distance que je ne pouvais calculer que par le nombre de villages à traverser. J’ai fini par les apprendre par cœur. Et les arrêts, et les étapes. Suivre le rythme des courbes et des montagnes de la Côte-Nord. Avancer à la limite permise.

J’avais sept ans. Petite fille brune parmi tous ces visages blancs, ces yeux pâles, bleus ou verts, ces cheveux blonds ou frisés. Étrangère. Nouvelle venue. Différente. Constater ma peau foncée. Ne pas me sentir chez moi. J’ignore si ailleurs le monde a changé. Ce que je sais, c’est cette courbe mortelle qu’ils ont finalement traversée d’une route droite, à Saint-Siméon. C’est l’absence perpétuelle d’un pont entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac, le nid de la rivière devenue aussi profonde que la mer. C’est la toute petite paroisse dont j’oublie déjà le nom, qui fermera bientôt ses portes, parce que la route 138, désormais, la contourne.

Ils disent que le retour est le chemin des exilés. Je n’ai pas choisi de partir. Quinze ans plus tard, je reviens et constate que les choses ont changé.

Naomi Fontaine dans Manikanetish

Une chanson de Clhoé St-Marie – Mishapan Nitassinan

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