Shukan

La méthode des artisans japonais pour persévérer et réaliser un chef-d’œuvre

Dans la fraîcheur d’une matinée de novembre, dans les montagnes de Kyoto, de petites gouttes d’eau argentées ruissellent sur les tatamis d’un temple isolé. Les feuilles des érables rougies par la venue de l’automne dansent dans le vent, mais aucun nuage n’obscurcit le ciel. Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres pour le jeune apprenti artisan qui réside temporairement dans ce temple. Le son grave de la cloche ne marque pas uniquement la cinquième heure de la journée, mais il célèbre aussi l’achèvement de plus de trois mille heures de travail. En face de lui se dresse une grande statue de Bouddha qu’il a sculptée sans relâche dans un bois sacré pendant de longs mois. Les moines accourent pour découvrir enfin cette œuvre que l’apprenti prenait soin de cacher chaque soir sous une toile. Quand l’émotion est trop forte, seul le silence est digne d’être son messager. La grande salle du temple se recouvre d’une rosée scintillante. Ce n’est pas tant la finesse des innombrables détails de cette statue qui émeut à ce point les moines, mais l’aura de magnificence et de bienveillance qui se détache des traits de son visage. L’apprenti a réalisé un chef-d’œuvre qui illuminera le cœur de nombreuses générations.

« Qui êtes-vous et quel genre de personne souhaitez-vous devenir en venant ici ? Sachez que vos aspirations se manifesteront. Miracle ou malédiction ? Nul ne le sait, faites donc attention à ce que vous souhaitez. »

Bien longtemps après son dernier souffle, des jeunes moines commencer ont leur initiation dans ce temple, assis devant la statue en écoutant l’histoire de cet artisan. Si vous étiez parmi eux, l’un des patriarches vous aurait sûrement demandé :

« Qui êtes-vous et quel genre de personne souhaitez-vous devenir en venant ici ? Sachez que vos aspirations se manifesteront. Miracle ou malédiction ? Nul ne le sait, faites donc attention à ce que vous souhaitez. » En lisant la surprise sur votre visage, un autre maître vous aurait guidé en vous posant la question suivante : « À votre avis, comment l’artisan a-t-il pu réaliser un tel chef-d’œuvre ? »

Si vous aussi vous souhaitez accomplir une œuvre qui compte pour vous, pour votre entourage ou pour une partie de l’humanité, vous devez trouver la réponse à cette question. Si vous pensez que cet artisan était un homme extraordinaire, alors vous allez passer votre vie à chercher inutilement un hypothétique talent caché. N’enviez pas les génies, ceux qui n’ont pour eux qu’un talent inné sont des géants aux pieds d’argile qui s’effondrent à la première difficulté venue. Ce n’est pas grâce à un don que l’artisan a continué de sculpter minutieusement chaque jour la statue, malgré le froid de l’hiver qui paralysait ses doigts, et malgré les innombrables piqûres de moustique qui endolorissaient tout son corps en été. Ne tombez pas non plus dans le piège d’admirer son endurance et son esprit d’abnégation, un esprit trop rigide et un cœur insensible n’auraient pas pu donner naissance à une statue au visage si apaisant. Ceux qui avancent uniquement grâce à leur endurance finissent souvent à bout de souffle, le corps et l’âme meurtris par trop de souffrances refoulées.

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Shukan (習慣) signifie « habitude de vie »

Nicolas Chauvat dans Shuchuryoku: techniques mentales pour rester concentré sur ses objectifs

Une pièce musicale de Sakura « Cherry Blossoms »;Traditional Music of Japan, Classical Koto Music

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