Le dérèglement

Je demeure persuadé, pour ma part, que la civilisation occidentale a été, plus que tout autre, créatrice de valeurs universelles ; mais elle s’est montrée incapable de les transmettre convenablement.

*

Ma première ambition étant de trouver les mots justes pour persuader mes contemporains, mes  »compagnons de voyage », que le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et qu’il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage.

Il ne nous suffira pas de poursuivre sur notre lancée, vaille que vaille, en naviguant à vue, en contournant quelques obstacles, et en… laissant faire le temps.

Le temps n’est pas notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.

*

D’une manière ou d’une autre, tous les peuples de la Terre sont dans la tourmente. Riches ou pauvres, arrogants ou soumis, occupants, occupés, ils sont -nous sommes- embarqués sur le même radeau fragile, en train de sombrer ensemble. Cependant nous continuons à nous invectiver et à nous quereller sans nous soucier de la mer qui monte.

Nous serions même capables d’applaudir la vague dévastatrice si, en montant vers nous, elle engloutissait nos ennemis d’abord. »

Amin Maalouf dans Le dérèglement du monde

Une pièce musicale de Brooklyn Duo – Bridge Over Troubled Water

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