
Je ressens pour la société dans laquelle nous vivons une urgence impérieuse de métaphysique. On ne peut indéfiniment occuper son esprit à parler du vieillissement de la population, de la dénatalité, du réchauffement atmosphérique, de la pollution et de l’extinction des espèces sans que la société se trouve mise en danger par ces préoccupations qui évoquent toutes la fin du monde. Si l’on ajoute aux nouvelles pessimistes dont nous bombardent constamment les médias le fait que la culture générale est en plein déclin, et que les ordinateurs mécanisent à outrance le travail, les loisirs, les voyages, l’éducation, les soins hospitaliers, on ne peut que constater que c’est la civilisation qui est malade et pas seulement la nature.
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Je ne suggère pas ici de revenir aux travaux des champs avec les bœufs et les charrues, je parle de l’être qui fait défaut à notre civilisation. Beaucoup de spiritualistes se raccrochent encore à l’âme. Mais c’est une notion désuète. Je ne suis pas d’accord avec eux. Je préfère parler de conscience. Mais j’aurais préféré que quelques irréductibles comme Frédéric Nef se raccrochent à l’être. Mais nous sommes trop peu nombreux à réclamer une supervision de l’être sur la société. L’activité humaine n’est plus que mensonge, rafistolage, faux-semblant, abstraction technique et tripotage de neurones. Je suis de ceux qui croient encore à l’être, à l’absolu, à la pensée pure. Mon titre : « Faire de la métaphysique ou mourir » n’est pas en vain. Sans un retour à l’être et à l’absolu, nous pouvons dire adieu au fondamental et abandonner cette question « désuète » aux musulmans qui, tout menaçants qu’ils soient, n’en demeurent pas moins les gardiens du fondamental. Bien sûr, nous voyons en eux une bande de terroristes, alors qu’en réalité ils constituent les derniers purs qui résistent à l’envahissement des sciences, de la technologie et du matérialisme. J’ai eu raison de penser, il y a 40 ans, que le Jovialisme ne pourrait se développer que chez eux, car comment vivre, comment respirer, sans l’être et les transcendantaux, sans une réflexion sur les existentiaux, les pronominaux et les immatériaux ?
Le temps est venu de refaire nos classes, de faire l’éloge de la profondeur, de refuser l’utilitarisme de cette société de carton-pâte qui transforme l’homme en machine, pour renouer avec le sens de la profondeur et congédier la superficialité technicienne.
André Moreau dans Crois-tu donc que tu vis ?
Une pièce musicale de Eternal Eclipse – Born From Ashes
