Les chambres du cœur

L’amour ne meurt jamais de mort naturelle. Il meurt parce que nous ne savons pas revenir à sa source. Il meurt d’aveuglement, d’erreurs et de trahisons. Il meurt de maladie et de blessures ; il meurt de lassitude, il dépérit et se ternit

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Dans le théâtre de la mort, on s’aperçoit enfin que l’importance exagérée que l’on donnait aux choses est la source du désespoir.

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La fascination qu’exerce un être sur un autre ne provient pas de ce qu’exhale sa personnalité à l’instant même de la rencontre. C’est de la somme de tout son être que se dégage une drogue puissante capable de séduire et d’attacher.

Le charme du présent plonge ses racines profondes dans le passé. Aucun moment de charme ne fleurira jamais d’un sol désert par la seule vertu du hasard, mais ce sera le fruit de grandes peines, d’un travail, d’une évolution.

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Oh, si vous en avez envie, arrêtez-moi pour crime de rêverie, vagabondage de la plus folle espèce. Sachez pourtant que c’est dans cette petite cellule du rêve, cette cachette capitonnée, mystérieuse et féconde, que tout se crée ; tout ce que l’homme a accompli sur cette terre a été engendré dans cette petite cellule solitaire…

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Ce philtre que boivent les amoureux, c’est eux-mêmes qui l’ont préparé.

C’est la somme de toute leur vie.

Tous les mots prononcés dans la vie tissent dans l’être un réseau compact de formes et de couleurs. Parallèlement au sang, circulent dans les veines l’essence distillés de tous les actes accomplis, les sédiments de tous les rêves, tous les désirs, tous les fantasmes, toutes les expériences. Les sentiments vécus dans le passé se combinent pour donner à la peau ses couleurs, aux lèvres leur saveur, rythmer le pouls et forger le cristal du regard.

Anaïs Nin dans Les chambres du cœur

Une pièce musicale de The Royall Consort Sett No. 8 in C Major: Aire (Alman) ·

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