
Il n’est pas facile non plus de dénier notre qualité de Français, d’Hindou, de Russe ou d’Américain : peut-être est-ce même encore plus ardu. Il est assez facile de rejeter quelque chose si l’on sait où ce déni peut mener. Cependant, on ne fait que passer d’une prison à l’autre.
Mais si vous refusez toutes les prisons, sans savoir où cela peut vous mener, alors vous vous trouvez tout seul. Et il me semble qu’il est essentiel de se trouver complètement seul, hors de toute influence, car alors seulement peut-on découvrir par soi-même ce qui est vrai, non seulement en ce monde d’existence quotidienne, mais ce qui est vrai au-delà des valeurs de ce monde, au-delà de la pensée et de la sensation, au-delà de toute mesure. Alors seulement saurons-nous s’il existe une réalité au-delà de l’espace et du temps. Et cette découverte est création. Mais, pour découvrir ce qui est vrai, il faut ce sens d’esseulement, de liberté. Vous ne pouvez pas voyager loin si vous êtes attaché à quoi que ce soit, à votre pays, à vos traditions, à vos façons habituelles de penser. C’est comme être attaché à un poteau.
Donc, si vous voulez découvrir ce qui est vrai, il vous faut rompre toutes vos attaches et explorer non seulement l’extérieur, vos relations avec les choses et les personnes, mais aussi vous voir intérieurement. Tout cela constitue la connaissance de soi, non seulement la connaissance de la conscience de surface, éveillée, mais aussi celle de l’inconscient, des recoins cachés du cerveau et du psychisme.
Cela exige une observation constante et, si vous consentez à vous observer ainsi, vous verrez qu’il n’y a pas, en vérité, de division entre l’extérieur et l’intérieur, car la pensée, telle une marée, va et vient, au-dehors et au-dedans. Ce double mouvement est le processus unique de la perception de soi. Vous ne pouvez pas rejeter le monde extérieur, car vous n’êtes pas quelque chose qui existe indépendamment de lui. Le problème du monde est le vôtre. L’extérieur et l’intérieur sont les deux faces d’une même monnaie. L’ermite, le moine et les personnes soi-disant religieuses, qui rejettent le monde, ne font que s’évader, avec leurs disciplines et leurs superstitions, dans leurs propres illusions.
Il n’y a donc de liberté ni extérieure ni intérieure : c’est un fait. Mais, avant toute recherche, il nous faut réellement « voir » ce fait, ce que la plupart d’entre nous refusent de faire. Nous le maquillons, nous le recouvrons de mots, d’idées. Le fait réel est que, psychologiquement aussi bien qu’extérieurement, nous sommes avides de sécurité. Et si l’une de nos forteresses est détruite, nous en édifions une autre.
Jiddu Krishnamurti (1895-1986) : Il fut un libre penseur, qui s’est promené dans le monde. Il est considéré comme l’un des grands penseurs et maîtres spirituels. Il ne proposait aucune philosophie ou religion. Il expliquait avec minutie les subtils mécanismes de l’esprit humain, et il insistait sur la nécessité d’introduire une qualité profondément méditative et spirituelle dans notre vie de tous les jours. Il n’appartenait à aucune organisation, aucune secte, à aucun pays, ne s’inscrivait dans aucun courant de pensée, politique ou idéologique. Il affirmait tout au contraire que ce sont là les véritables facteurs qui divisent des hommes et entraînent les conflits et les guerres. Citation : Ce que je vous demande, c’est d’ouvrir votre esprit, non de croire.
Jiddu Krishnamurti dans Briller de sa propre lumière
Une pièce musicale de Aukai · Richard Houghten · Aukai · Richard Houghten – Slow sun
