Face au genre inhumain

Il est d’une grande sagesse de laisser reposer une relation pénible ou conflictuelle, plutôt que de l’agiter sous prétexte de s’expliquer et de ressasser l’incompréhension. La clarification advient lorsqu’on cesse d’agiter le mélange, mais il faut faire preuve de patience et aussi d’un certain renoncement. Renoncer à savoir tout de suite, à obtenir des résultats, à être capable de transformer les êtres et les choses, bref , renoncer aux nombreuses prétentions du moi .

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L’homme rêve de changement : dans ses relations, dans son travail, dans la société, dans le monde… Il veut transformer son corps, changer de vie. Mais tout cela demeure purement illusoire. C’est encore la manifestation de son moi égocentrique qui tient à perdurer et à se conserver sous d’autres apparences, en d’autres circonstances.

Le « moi tyrannique » a deux possibilités pour se maintenir solide : soit ne jamais changer et surtout ne rien changer autour de lui (certitudes et habitudes qu’il appelle fidélité et traditions) ; soit rêver de changements (superficiels) , imaginer des jours meilleurs, une vie plus belle, un gouvernement idéal, une jeunesse éternelle, une santé sans accrocs.

Un être spirituel se montre peu préoccupé de changement : celui-ci a toujours à voir avec la surface des choses, avec les vêtements de l’âme. Il ne cherche ni à changer le monde, ni à tout garder intact. L’Esprit n’est pas assujetti à la temporalité, il n’est donc pas soumis aux variations et demeure éternel. Immuable, mais cependant immensément fluide et dynamique, il prend mille et une formes, mille et un chemins, des visages divers, pour se manifester à ce monde et lui insuffler la vie. Merveilleusement vif, libre et fulgurant, l’Esprit ne change pas mais il transfigure tout.

Un être spirituel n’a pas pour dessein de changer le monde, mais il désire changer de monde : aller plus loin, plus haut, quitter l’étroite geôle que tous s’emploient à décorer et consolider puisqu’ils la prennent pour leur seule résidence.

Jacqueline Kelen dans Impatience de l’Absolu: Face au genre inhumain

Une pièce musicale de Maurice Ravel – Pavane for Dead Princess

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