Du trop de réalité

En elle-même, la surabondance des informations ne conduit pas à un embarras du choix qui empêcherait tout jugement, comme certains l’on avancé. C’est plutôt de ne pouvoir être replacée dans un ensemble sensible cohérent, qu’il n’est plus d’informations, futile ou importante, qui ne paraisse condamnée à se perdre dans le flux de toutes les autres. Davantage, leur défilé ininterrompu ferme une à une les perspectives qu’il était jusqu’alors naturel à l’imagination de projeter au-delà des simples données objectives pour appréhender un être, un événement, une situation… L’effondrement de la critique d’art comme de la critique littéraire ne s’explique pas autrement : faute de quelque adhésion sensible, peu importe à quoi l’on se réfère. D’où la pléthore de théories d’allure scientifique qui prospèrent de cette absence sensible, sans avoir d’autre raison d’être que de l’entretenir sous un semblant de sérieux.

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Dès que la liberté est évoquée, c’est pour en maquiller l’absence. Dès que les mots amour ou désir sont prononcés, fût-ce des fins antagonistes, il suffit de considérer qui parle, pour surtout ne pas vouloir savoir de quelle niaiserie ou de quel cynisme dérisoire on cherche à nous entretenir. Quant au mot poésie, s’il n’y avait que les poètes de cette fin de siècle pour lui donner sens, on serait prêt à y voir un synonyme à la fois de pose, vide, pusillanimité, suffisance, incontinence, bouffissure et, au bout du compte, de malhonnêteté profonde.

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Des années de nourriture trafiquée, frelatée, reconstituée, nous ont accoutumés à déguster moins la chose elle-même que le nom de la chose.

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On a les pensées « génétiquement modifiées » qu’on mérite.

Annie Le Brun (1942-2024), est un écrivain, poète et critique française.

Annie Le Brun dans Du trop de réalité

Une pièce musicale de Sangit Om – The inner flame

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