Peur, mort, douleur, faim

La vraie raison pour laquelle la vie peut paraître parfois tellement exaspérante et frustrante, ce n’est pas parce qu’il existe ce que l’on appelle la mort, la douleur, la peur ou la faim. Mais là où rien ne va plus, c’est que face à ces événements, nous nous mettons à bourdonner et tourner en rond comme des mouches affolées, pour essayer de maintenir notre « ego » hors de l’expérience. Nous nous prenons pour des amibes, et nous essayons de nous protéger de la vie en nous séparant en deux. Mais le bon sens et l’intégrité voudraient que nous comprenions que nous ne sommes pas séparés, que l’homme et son expérience présente ne forment qu’un seul tout, et qu’il n’existe pas d’« ego » ou d’esprit séparé.

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Plus nous nous habituons à comprendre le présent d’après le passé, le connu d’après l’inconnu, le vivant d’après ce qui est mort, plus notre vie se dessèche et plus nous sommes envahis d’un sentiment de tristesse et de frustration. Ainsi protégé de la vie, l’homme devient une sorte de mollusque incrusté dans la coquille dure de la « tradition », et quand la réalité finit par surgir, un raz de marée de terreur l’emporte.

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Mais nous sommes, pour la plupart, intérieurement déchirés par ce conflit parce que notre vie n’est qu’un long effort pour résister à l’inconnu, au présent réel dans lequel nous vivons, qui est l’inconnu sur le point de naître. C’est pourquoi nous n’apprenons jamais à vivre en harmonie. À chaque instant nous hésitons, nous restons sur la défensive. Et tout cela sans que nous en retirions aucun avantage, car la vie nous plonge malgré nous dans l’inconnu et vouloir résister est aussi vain et exaspérant qu’essayer de nager à contre-courant dans un torrent déchiré.

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Il faut au contraire être complètement sensible à chaque instant, considérer chacun de ceux-ci comme tout à fait nouveau et unique, garder l’esprit ouvert et réceptif.

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Voilà donc le problème humain : il y a un prix à payer pour chaque augmentation de conscience. On ne peut pas être plus sensible au plaisir sans être plus sensible à la douleur. En se souvenant du passé, nous pouvons planifier l’avenir. Mais la capacité de planifier l’avenir est compensée par la « capacité » de redouter la douleur et de craindre l’inconnu. De plus, la croissance d’un sens aigu du passé et de l’avenir nous donne un sens sombre correspondant du présent. En d’autres termes, nous semblons arriver à un point où les avantages d’être conscient sont compensés par ses inconvénients, où l’extrême sensibilité nous rend inadaptables.

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La philosophie chinoise dont le judo lui-même est une expression – c’est-à-dire le taoïsme – nous a révélé comment l’eau réussit à surmonter tous les obstacles grâce à sa fluidité et à sa flexibilité.

Alan Wilson Watts (1915 – 1973) est l’un des pères de la contre-culture en Amérique. Philosophe, écrivain, conférencier et expert en religion comparée.

La conscience humaine est une forme de sensibilité et de compréhension, c’est aussi une forme d’ignorance. Notre conscience ordinaire de tous les jours élimine plus que ce qu’elle garde, des choses qui sont terriblement importantes.

Alan Watts dans Bienheureuse insécurité

Une pièce musicale de Raphael Weinroth-Browne – Rift

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