
Je vois que je ne permets jamais qu’une expérience se fasse en moi-même. Je résiste toujours à toute l’expérience. C’est parce que je veux la diriger. Je ne fais pas confiance à l’expérience, je ne fais confiance qu’à moi. A cause de ça cela ne me transforme pas Quand je commence à percevoir une présence subtile en moi-même, je la sens comme quelque chose de vivant qui appelle à ressentir son action. Mais je ne peux pas ressentir son action profondément parce que j’en suis séparé par un mur de tensions, c’est-à-dire de mes réactions mentales.
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Si je reviens chaque jour à une certitude absolue, que je comprends et dont je suis convaincu, je verrai le chemin, la direction qui me permettra de savoir comment je vis. Je me verrai enfermé dans le cercle étroit de mes désirs et de mes intérêts, pris par la vie. Pourtant, en me sentant chaque jour dans un autre état, hors de ce cercle, je reconnaîtrai qu’en réalité je peux m’échapper, et je verrai peut-être même que ce cercle n’existe pas.
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Vivre sans amour, c’est vivre une contradiction perpétuelle, c’est le rejet du réel, de ce qui est… Si je ne me connais pas complètement, mon esprit et mon cœur, ma douleur et mon avidité, je ne peux pas vivre dans le présent… Ma pensée a soif de continuité, de permanence…
Si je ne connais pas mon inconscient, je ne comprendrai pas la peur et toute ma recherche en moi-même sera faussée. Il n’y aura pas d’amour et mon seul intérêt sera d’assurer la continuité de moi-même après la mort.
Jeanne de Salzmann dans La réalité de l’être
Une pièce musicale Yobue by Aukai
