La voie paisible

En vérité, la méditation, c’est la pratique au calme et dans l’immobilité, et la pratique, c’est la méditation dans l’action. Ne tombez jamais dans le piège de les considérer comme deux domaines séparés.

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La vie est ainsi faite que les situations n’évoluent pas tant que nous n’avons pas tiré les leçons de l’étape actuelle. Mais, dès que nous intégrons ce qui, de toute façon, est notre lot, alors l’horizon cesse de nous apparaître comme bouché.

Cela ne nous empêche pas de tenter ce qui peut l’être pour améliorer les choses, ce qui ne veut pas dire que tout nous soit possible. Nous ne sommes pas tout-puissants et, bien souvent, nous avons à nous incliner devant des événements contraires à nos souhaits. Mais, même au cœur de réalités qui nous déplaisent, nous ne sommes pas impuissants. Entre la toute-puissance et l’impuissance, il existe un moyen terme que nous pouvons découvrir au sein même de la situation qui semble nous broyer. Nous avons certaines ressources en nous pour faire face, pour inventer du neuf.

Par le refus, non seulement nous nous crispons mais nous figeons la situation qui nous fait mal : nous lui donnons un caractère monolithique. Et nous-mêmes devenons monolithiques : nous réagissons toujours de la même façon, sans la moindre innovation. Quand nous nous sentons coincés, pieds et poings liés, voués à l’arbitraire des autres qui ont « tout pouvoir sur nous », il est temps de nous demander si notre propre rigidité n’y est pas pour quelque chose. Car dès que nous acceptons cet ensemble indissociable – la situation et l’impact qu’elle a sur moi –, alors s’ouvre un espace qui nous rend créatifs. Dès que nous changeons notre manière de voir les choses, dès que nous introduisons un peu d’ouverture, de souplesse – d’humour – dans notre perception de la réalité qui nous fait souffrir, la situation elle-même semble aussitôt s’assouplir. De figée, la situation devient en quelque sorte poreuse et malléable. Notre changement d’attitude intérieure induit un changement possible dans la situation extérieure. Dit autrement, nous ne percevons plus la situation de la même façon. Nous ne sommes plus coincés dans une voie sans issue.

Il y a tant d’exemples de personnes qui, dans des conditions extrêmes, ont réussi à transformer leurs épreuves en bénédiction. Je pense au destin d’Etty Hillesum qui nous a laissé un tel témoignage de confiance avant de mourir, à vingt-neuf ans, dans un camp de déportés, mais aussi à des détenus, y compris certains condamnés du couloir de la mort, dont le regard sur leur condition s’est radicalement transformé en prison. Au lieu d’accuser un sort injuste, de récriminer contre leurs bourreaux, ils ont choisi d’en faire un tremplin pour leur évolution. La plupart d’entre nous ne sommes pas confrontés à ces situations dramatiques. Mais ces exemples peuvent être source d’inspiration dans les moments difficiles pour nous rappeler que nous avons le pouvoir, nous aussi, de modifier notre approche.

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Tôt ou tard, si nous ne voulons pas vivre à tout jamais sur un mode réactionnel, si nous voulons cesser d’être à tout jamais exilés de nous-mêmes, amputés de la force de vie sous-jacente, antérieure aux traumatismes, nous aurons à déconstruire notre stratégie de survie.

Arnaud Desjardins dans Lettres à une jeune disciple

Une pièce musicale de Einaudi interprétée par Mari Samuelsen – Una Mattina

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