
L’homme naît en tant qu’énergie matérialisée. Accepter le processus de transformation, comme étant réellement ce que nous sommes, offre une perspective un peu étroite de la vie. Des millions de personnes naissent comme nous avec un potentiel singulier. Si l’on accepte que l’aspect matérialisé de notre passage, la mort devient donc une dégénérescence au lieu d’être une phase de transformation.
La perspective que nous soyons quelque chose de matériel qui se développe connaît son apogée, puis son déclin peut laisser à penser que tout cela est futile, qu’il ne s’agit que d’un bon moment à passer.
Par ailleurs, en prenant en compte la dimension énergie qui nous habite, la formule scientifique E=mc², nous permet d’établir une équivalence entre la masse et l’énergie, tout corps matériel est, en un sens, de l’énergie condensée ou liée sous forme de matière. En effet, cela s’applique autant à un caillou qu’à un être humain. Toutefois, cette formule scientifique à elle seule ne nous apporte rien de spécifique sur la naissance ou sur ce qui fait qu’un humain est un humain. Elle ne distingue pas la matière vivante de la matière inerte ni l’individuation d’une conscience de l’agencement d’atomes.
De plus, la biologie ne confirme pas la théorie, car la matière qui compose un nouveau-né existait déjà sous forme matérielle, atomes hérités de l’alimentation, des parents, de la chaîne cosmique des éléments forgés dans les étoiles, etc. Avec cette analyse, il n’y a pas de conversion énergie-matière au moment de la naissance, mais plutôt, une réorganisation, une individuation d’une matière-énergie déjà là.
Des traditions spirituelles apportent un complément de perspective à la physique et à la biologie, parce qu’elles ne parlent pas de la même « énergie ». Dans la cosmologie chinoise, Zhang Zai, et plus largement le néo-confucianisme, le qi est ce souffle-énergie primordial qui se condense pour former les choses et les êtres, et qui se disperse à la mort. Ce cycle de condensation/dispersion présente l’énergie étant déjà porteuse d’une intelligibilité, d’un ordre. De même, dans la vision hindouiste, le védānta, on présente l’individuation, c’est-à-dire l’ātman comme étincelle du Brahman qui prend une forme sans cesser, en un sens plus profond, d’être identique à sa source.
Ces traditions évoquent un océan d’énergie ou de vagues humaines, de coraux célestes et de créatures de toutes sortes puissent apparaître et disparaître.
Une chanson de Daniel Bélanger – L’échec du matériel
Les paroles sur https://genius.com/Daniel-belanger-lechec-du-materiel-lyrics
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
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