D’ici là

D’ici là

D’un instant l’autre

L’inattendu adviendra

Quand le divin habitera l’intervalle.

Du dire à l’ouï-dire,

Du don à l’abandon,

Tout le souffle du printemps

Qu’un trait d’éclair retrace.

Les anciens rêves éclatant en bourgeon

Soif et ivresse demeurent intactes ;

Dans le rythme primordial retrouvé,

Source sera nuage et nuage averse.

D’ici là

D’un instant l’autre

Nous nous rejoindrons,

Chacun en avant de soi

S’étend de oe qu’il ouvre,

S’accroît de ce qu’il donne,

Toute fêlure offrande,

Toute en-tente

*

Bleus de la profondeur,

Nous n’en finirons pas

d’interroger votre mystère.

L’illimité n’étant

Point à notre portée,

il nous reste à creuser, ô bleus

Du ciel et de la mer,

Votre mystère qui n’est autre

que nos propres bleus à l’âme.

*

Mais nous reverrons bien ceux à qui

nous n’avons pas dit à temps au revoir,

ceux qui sont partis sans dire mot

dans le long effroi du délaissement.

Nous les reverrons, car nous n’aurons

de cesse de leur dire les mots qui n’ont été

dits à temps, de leur répéter sans fin

au revoir au revoir selon la loi de la Vie :

Toute fleur est une fleur refleurie,

toute pluie est source retrouvée, toute larme

une peine ravivée, tout visage un regard

reconnu, tout sourire un don échangé,

et toute vie à venir

une vie à jamais survécue-souvenue.

François Cheng (1929- ) est un écrivain, poète et calligraphe chinois naturalisé français en 1971.

François Cheng dans La vraie gloire est ici

Une pièce musicale de Piazzolla: Oblivion ∙ hr-Sinfonieorchester ∙ Lucienne Renaudin Vary ∙ Alain Altinoglu