Peaux noires, masques blancs

Parti pour découvrir la Martinique, je vous propose quelques vidéos et textes d’écrivains sur cette île.

L’explosion n’aura pas lieu aujourd’hui. Il est trop tôt… ou trop tard.

Je n’arrive point armé de vérités décisives.

Ma conscience n’est pas traversée de fulgurances essentielles.

Cependant, en toute sérénité, je pense qu’il serait bon que certaines choses soient dites.

Ces choses, je vais les dire, non les crier. Car depuis longtemps, le cri est sorti de ma vie.

Et c’est tellement loin…

Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m’en a prié.

Surtout pas à ceux à qui il s’adresse.

Alors ? Alors, calmement, je réponds qu’il y a trop d’imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s’agit de le prouver.

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Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre.

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Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte. En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle.

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Ce n’est pas le monde noir qui me dicte ma conduite. Ma peau noire n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques.

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Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante. Si la structure psychologique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le Noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera Autrui (sous la forme du Blanc), car Autrui seul peut le valoriser. Cela sur le plan éthique : valorisation de soi…

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La densité de l’Histoire ne détermine aucun de mes actes. Je suis mon propre fondement. Et c’est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j’introduis le cycle de ma liberté.

Frantz Fanon dans Peaux noires, masques blancs

Une pièce musicale de Oscar Peterson & Joe Pass – Just Friends