La fleur d’or

C’est une tâche pleine d’incertitude que de proposer à un public moderne une collection de formules magiques avec l’idée de les rendre plus ou moins acceptables? Je l’ai entreprise parce que je pense personnellement qu’il y a de l’ancienne manière de penser chinoise plus que le regard n’en discerne au premier abord. Cependant, je suis embarrassé d’avoir à faire appel à la bonne volonté et à l’imagination du lecteur, en tant que je dois l’introduire dans l’obscurité d’un rituel magique d’âge vénérable. Je ne suis malheureusement que trop conscient des arguments que l’on peut utiliser contre lui. Nous ne sommes même pas certains que le navire qui doit nous mener sur des mers inconnues ne fait pas eau en quelque endroit. Le vieux texte ne peut-il pas être corrompu ? La traduction de Wilhelm est-elle fidèle ? Ne nous somme pas abusés nous-même dans nos explications ?

Des cures inattendues peuvent naître de thérapies discutables, et des méthodes réputées dignes de confiance peuvent conduire à des échecs surprenants. Dans l’exploration de l’inconscient nous tombons sur des choses étranges dont le rationaliste se détourne avec horreur, prétendant après coup qu’il n’avait rien vu du tout.

La plénitude irrationnelle de la vie m’a appris à ne jamais rien rejeter, même si cela va contre nos théories (lesquelles, en mettant les choses au mieux, ont une existence si brève !), ou n’admet par ailleurs aucune explication immédiate.

Il n’est nullement facile d’entrer dans une mentalité aussi lointaine et aussi mystérieuse que celle dont émane le Yi King. On ne peut guère d’autre part traiter par le mépris de grands esprits comme Confucius et Lao-Tseu, si l’on est capable d’apprécier la qualité des pensées qu’ils représentent. On peut encore moins omettre de voir que le Yi King fut leur principale source d’inspiration

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Pour moi en effet l’âme est un monde dans lequel le moi se trouve contenu. Peut-être y a-t-il aussi des poissons qui croient contenir la mer. Il faut toutefois se défaire de cette illusion courante chez nous si l’on veut considérer psychologiquement l’élément métaphysique.

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Le Commentaire de Carl G. Jung sur le traité taoïste du Mystère de la Fleur d’Or constitue dans son œuvre une étape cruciale : il inaugure sa recherche, aujourd’hui devenue incontournable, sur les civilisations orientales, et annonce quelques-uns des grands thèmes privilégiés – comme l’ « âme  » ou la quête d’une  » conscience totale  » – à partir desquels va se structurer dorénavant la psychologie des profondeurs.

Carl Gustav Jung dans Commentaire sur le mystère de la fleur d’or

Une pièce musicale de Lisa Gerrard – Elysium /Honor Him /Now We Are Free (With Hans Zimmer)