Volonté de puissance

Et tout grand sérieux, n’est-il pas déjà, par lui-même, une maladie ? Un premier enlaidissement ? Le goût pour la laideur s’éveille en même temps que s’éveille le sérieux ; c’est déjà déformer les choses que de les prendre au sérieux.

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Réduire la philosophie à la volonté de trouver une théorie de la connaissance, c’est comique. Comme si c’était le moyen de trouver la certitude.

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La méthode de la vérité n’a pas été inventée pour des motifs de vérité, mais par des mobiles de puissance, de domination.

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L’affirmation que la vérité existe et que l’ignorance et l’erreur ont fait leur temps, est une des plus grandes séductions qui soient.

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Il est plus flatteur de penser « je possède la vérité » que de se voir entouré des ténèbres … Avant tout, c’est une foi qui apaise.

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Notre intellect, notre vouloir, nos sentiments même dépendent de nos jugements de valeur ; ceux-ci correspondent à nos instincts. Nos instincts sont réductibles à la volonté de puissance.

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L’humanité aurait péri si l’instinct sexuel n’avait ce caractère aveugle, imprudent, hâtif, irréfléchi. La satisfaction de cet instinct n’est nullement liée, en principe, à la reproduction de l’espèce. Qu’il est rare que le coït se propose pour fin la reproduction ! Que les instincts se refroidissent de quelques degrés et la vie s’arrêtera. Elle est liée à une haute température, au point d’ébullition de la déraison.

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Le but n’est pas le bonheur, c’est la sensation de puissance. Il y a dans l’homme et dans l’humanité une force immense qui veut se dépenser, créer. C’est une chaîne d’explosions continues qui n’ont nullement le bonheur pour but.

Friedrich Nietzsche dans La Volonté de puissance

Une pièce musicale de Kudsi Erguner Ensemble – Gamzedeyim Deva Bulmam