
Sur les routes du Bengale, entre l’Inde et le Bangladesh, passe parfois une silhouette vêtue d’ocre ou de patchwork. Elle porte à l’épaule un instrument à une seule corde, l’ektara, et chante en marchant. On lui donne quelques pièces, un peu de riz. Elle repart.
Rabindranath Tagore a joué un rôle décisif dans la reconnaissance des Bauls. Il a recueilli leurs chants, en a publié une partie et il s’est inspiré de leur esprit dans son œuvre. Dans son livre La Religion de l’Homme issu de ses conférences d’Oxford, il consacre un chapitre à « l’Homme de mon cœur ». Il y voit l’expression la plus pure d’une religion de l’humain, libre des dogmes.
Plusieurs de ses chansons empruntent directement les mélodies bauls. À Santiniketan, la fête de Poush Mela continue d’accueillir chaque hiver des chanteurs venus de tout le Bengale.
En 2005, l’UNESCO a proclamé le chant baul chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, il a été inscrit sur la liste représentative en 2008. Des figures comme Purna Das Baul ont porté cette musique sur les scènes du monde. Aujourd’hui, des artistes comme Parvathy Baul la transmettent aussi par la danse et l’enseignement.
Cette célébrité a son revers. Les festivals et le tourisme risquent de réduire la voie à un folklore coloré. Beaucoup de Bauls le disent, le chant se partage, la sādhanā reste cachée.
Les Bauls ne proposent pas un système. Ils offrent une orientation qui représente une voie, allez chercher au-dedans ce qu’on poursuit au-dehors, et aimer plus qu’on ne croit.
La voie bauls rejoint d’autres voies parallèles, les fol-en-christ de la tradition orthodoxe, les malāmatiyya soufis qui cachaient leur sainteté sous le blâme, les poètes zen errants. Partout la même intuition, le sacré échappe à ceux qui veulent le posséder et se donne à ceux qui acceptent de passer.
Une belle inspiration. Le divin n’est pas une demeure où l’on entre une fois pour toutes. C’est un oiseau de passage. On ne le tient pas, on apprend à l’accueillir, le cœur ouvert comme une porte au bord du chemin.
Une chanson BÂULS DU BENGALE – CHANTS BÂULS – Dibokar Das Bâul – Rina Das Bâul – CHANT 5
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
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