La chaleur du coeur

Le philosophe Robert Misrahi, comme nous le verrons plus loin, estime qu’il faudrait éduquer les personnes âgées. C’est dire à quel point il croit à la capacité d’apprendre jusqu’au bout de sa vie. Olivier de Ladoucette est du même avis. Prenons par exemple la capacité de regarder le bon côté des choses. On sait maintenant que l’optimisme prolonge la vie. Une étude américaine, conduite pendant vingt-trois années auprès de six cents personnes, a montré que celles qui avaient une attitude positive au début de l’étude ont vécu en moyenne sept ans de plus que les autres. Tout se passe comme si le corps avait besoin de signaux d’espoir pour récupérer, s’adapter et rester en forme. Olivier de Ladoucette pense que « l’optimisme peut s’apprendre, y compris tard ». On peut apprendre à être positif, à regarder la vie du bon côté à soixante ans même quand on a pas acquis cette aptitude dès l’enfance. On peut apprendre à remettre en question ses pensées négatives, on peut apprendre à faire confiance à l’existence. Bien sûr, cela suppose de le vouloir et de chercher de l’aide.

Il existe toutes sortes de méthodes pour développer une pensée positive et changer ses comportements. On connait la méthode Coué, la visualisation positive, les techniques de l’hypnose, les techniques de programmation neurolinguistiques, dites PNL. En psychologie comportementale des protocoles d’entraînement à l’optimisme ont fait leurs preuves et des thérapies qui développent la « sécurité de base » des personnes leur permettent progressivement de s’appuyer sur leurs ressources internes (c’est, notamment le cas de l’haptonomie)

Mais toutes ces stratégies, toutes ces clés pour une vieillesse réussie ne sont efficaces que si l’on accepte de vieillir, donc de se transformer.

*

Comme je lui demande ce qu’elle [Sœur Emmanuelle] aimerait dire à tous ceux qui entrent dans le troisième âge et qui ont peur de vieillir, elle conclut d’une voix qui me frappe par sa fermeté et sa douceur :

– N’ayez pas peur ! La vieillesse, c’est comme un couronnement. J’arrive à la cime de ma vie et je regarde le monde et les autres avec une infinie tendresse. Je les ressens dans mon cœur. Cette contemplation tendre me procure une immense joie. Pour moi, c’est comme du champagne ! La joie fuse dans mon cœur !

Vous pouvez, vous aussi, donner autour de vous cette joie. On devient vieux le jour où l’on ne croit plus en l’homme et en la valeur de chacun, quel qu’il soit. Faites vôtre cette parole d’un poète musulman que j’aime tant : « Fends le cœur de l’homme et tu y trouveras un soleil ! »

Mais pour cela, il faut un peu s’oublier soi-même, s’intéresser aux autres !

Il faudrait que les personnes âgées prennent conscience que c’est leur mission d’aimer. Quel que soit l’état dans lequel on vieillit, on peut regarder, sourire, tendre la main, bénir. Et cela transfigure la vie.

Marie Gaultier de la Ferrière, dite Marie de Hennezel (1946- ), est une psychologue, psychothérapeute et écrivaine française.

Marie de Hennezel dans La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller

Une pièce musicale de René Aubry – Salento