Solitude et indépendance

La solitude est synonyme d’indépendance. Notre civilisation factice. Sa destinée la plus profonde nous mène vers le monde Spirituel, vers Dieu, sa nostalgie la plus ardente l’incite à retourner vers la nature, vers notre mère commune.

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L’immense vanité, le caractère aventureux et douloureusement désespéré de l’existence humaine. A mon sens, cette lutte, cette volonté inconditionnelle et obstinée de vivre représente l’impulsion qui anime les actes et l’existence de toutes les personnalités marquantes. Réfléchir une heure, rentrer en soi même pendant un moment et se demander quelle part on prend personnellement au règne du désordre et de la méchanceté dans ce monde, quel est le poids de notre responsabilité, cela personne n’en a envie. Voilà pourquoi tout continuera comme avant. Faut-il laisser l’ambition et l’argent continuer de régner ? Il y a encore un certain nombre de personnes qui ont les plus hautes exigences vis à vis de l’existence et qui s’accommodent difficilement de son absurdité, de sa brutalité.

Chaque homme est fait de dix, cent, de mille âmes. L’ermite mélancolique réfugié dans sa cellule envahie par les livres, les sonorités de la musique ancienne, leur caractère infiniment majestueux et sacré avaient réveillé en moi toutes les élévations, tous les ravissements et les enthousiasmes, cet univers de noblesse et de félicité. Je distinguais à nouveau des fragments divins. Toujours à la recherche du sublime et de l’éternel. Ne te satisfaisant jamais de ce qui est joli et médiocre. Tu es bien trop exigent et affamé pour ce monde simple et indolent qui se satisfait de si peu. Ce monde t’exècre, tu as pour lui une dimension de trop.

Celui qui désire vivre aujourd’hui en se sentant pleinement heureux n’a pas le droit d’être comme toi ou moi. Celui qui réclame de la musique et non des mélodies de pacotille, de la joie et non des plaisirs passagers ; de l’âme et non de l’argent, un travail véritable et non une agitation perpétuelle ; des passions véritables et non des passetemps amusants n’est pas chez lui dans ce monde ravissant.

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L’époque et le monde, l’argent et le pouvoir appartiennent aux êtres médiocres et fades. Quant aux autres, aux êtres véritables, ils ne possèdent rien. Ils ont l’éternité, les gens pieux appellent cela le Royaume de Dieu.

Hermann Hesse (1877-1962) est un romancier allemand naturalisé suisse. Il a fait une œuvre majeure qui explore des voies humaines incontournables. Expérience spirituelle, récit initiatique, délire de psychopathe, Le Loup des steppes multiplie les registres. Salué à sa parution en 1927 (entre autres par Thomas Mann, qui déclare :  » Ce livre m’a réappris à lire « ), interdit sous le régime nazi, roman culte des années 1960 et 1970, c’est une des œuvres phares de la littérature universelle du XXe siècle. Il méritait une nouvelle traduction. Le voici enfin rendu avec tout l’éclat de ses fulgurances, la troublante obscurité de ses zones d’ombre

Hermann Hesse dans Le loup des steppes

Une pièce musicale de Chad Lawson – Sanctuary