Paris insolite   Leave a comment

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La traversée de Paris est plus lente que celle d’un département.

Comme on quitte un pays, une région, une ville, pour changer de paysage, voir du neuf, respirer un autre air, regarder des visages nouveaux, et se sentir loin de toute accoutumance, je change de quartier à l’intérieur de Paris, vais de l’un à l’autre après avoir épuisé l’un et espérant l’autre…

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Durant la belle saison, tous les ponts de Paris, les quais, les berges, les canaux, sont lieu de grande lessive. Claquant au vent comme les draps des marinières, des chemises, des caleçons, des torchons, des pantalons de toile, des chaussettes dépareillées, crochés au premier fil de fer venu, aux basses branches d’un arbuste, collés au sol par des pavés sales, ou séchés sur soi, à même la peau quand l’heureux propriétaire n’a pas de garde-robe de rechange et doit se tourner alternativement pour présenter ses parties humides au soleil matinal.

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On pourrait traverser Paris de part en part en ne suivant que des rues pittoresques, à condition de sauter les avenues, se boucher les yeux et les oreilles aux carrefours pour reprendre de l’autre côté le pas des caravanes, et cela sans avoir besoin d’évoquer l’histoire pour animer les vieilles pierres et émouvoir le cœur des visiteurs par des réminiscences plus ou moins factices.

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Comme tous les gars de ma profession, qui est de n’avoir pas de métier, bon à rien et prêt à tout, j’ai travaillé aux Halles, de mes mains froides et de mes yeux brûlants, à l’heure où les cafés ordinaires fermaient, vidaient leurs clients et que par la passerelle du pont des Arts ou le pont Neuf… je gagnais la rive droite besogneuse, allais boire mon énième noir au comptoir du Pied de Cochon, contemplant là les bourgeois qui montaient, voitures devant la porte, avec des filles, au premier étage, bouffer des soupes à l’oignon brûlantes et croûteuses, trois fois plus cher qu’au ras du trottoir où j’étais, faisant le premier quatre-vingt-et-un de la nuit avec des laveurs de têtes en blouse et tabliers maculés qui, avant d’aller nettoyer à grands jets d’eau froide les ossements charnus des bestiaux qui serviraient faire de la douce charcuterie, essuyaient là le sang coagulé et le rinçaient de vin blanc sec.

Jean-Paul Clébert dans Paris insolite

Une chanson d’Yves Montand –  A Paris

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/933921.html

Publié 19 septembre 2018 par dandanjean dans Pauses lectures, Voyages et errances

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