L’Homme tridimensionnel

 

Aucun homme ne peut voir directement son propre visage. Mon propre visage qui, je n’en doute pas, est réel, m’est, sans médiation, à moi-même invisible. Il y a là de quoi méditer en profondeur : je ne peux nullement voir, dans mon corps, la part qui est le plus moi-même, celle montrant qui je suis. Je ne peux jamais la découvrir que reflétée soit par une surface miroitante, soit par tout autre procédé. Oh! ce reflet mérite grande estime, et grande attention.

La psychologie génétique, nous le savons, apprend que c’est grâce à son image spéculaire, à son image dans le miroir, que le petit enfant prend conscience de son humanité et de son individualité. Mais autre l’enfant, autre son image! Autre la réalité, autre son reflet ! Confondre les deux est la faute, le péché, le drame de Narcisse. Or, le mythe précise qu’il en meurt. Il faut entendre cela.

« Je suis moi », « Je suis mon âme », « je suis ma personne », sont des affirmations exprimant la même fatale erreur. Arthur Rimbaud, dont le génie se manifesta avec une précocité incroyable avait déjà bien aperçu ce piège dès l’âge de dix-sept ans, lui qui écrivit, en une phrase lapidaire dont les cinq mots apprennent plus sur la nature profonde et essentielle de l’homme que tous les traités de psychologie réunis :

Car JE est un autre.

Michel Fromaget dans L’Homme tridimensionnel – Corps-Âme-Esprit

Une pièce musicale de Patricia Petibon – Purcell: ‘When I am laid in earth’ from Dido and Aeneas (Official Video)

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