Il y a belle lurette

Ma grand-mère disait que l’histoire s’est passée dans l’antan où c’est que l’amour durait.

« Il faut jamais dire « j’aimais » qu’ils pensaient. On préférait conjuguer l’amour au présent de l’infini. « Je t’aime ! » Ce n’étaient pas des paroles à s’envoyer en l’air. Aujourd’hui, avec l’avancement, l’amour prend du recul. C’est devenu un sentiment intouchable, un sentiment qu’on approche juste avec des gants de plastique. C’est devenu l’amour avec armure. Une illusion qui va comme elle vient. On est en train de capoter ! »

Ma grand-mère disait que l’histoire s’est passée dans l’antan où c’est que l’amour durait. Toujours. Puis même après.

*

Ma grand-mère disait que l’histoire s’est passée dans l’antan où c’est que la patience était une qualité.

« Aujourd’hui, on achète tout de suite puis on paye plus tard. Même en amour. On sait plus attendre à qui vient à point. On ose même plus s’attendre à rien pour éviter d’être déçu. Faire la file, c’est devenu intolérable. Dans le temps, pourtant, on en faisait du fil. il se trouvait même des bonnes femmes spécialisées dans le filage. Le pire, dans ça, c,est qu’elle filait bien malgré les nœuds. »

Ma grand-mère disait que la patience pouvait durer longtemps quand on avait le droit d’espérer.

*

Ma grand-mère disait que l’histoire s’est passée dans le temps où que les gens s’entendaient entre eux.

« Aujourd’hui, avec les instruments de communication, tout le monde parle. Ah ! Pour ça, il n’y a rien de changer : tout le monde parle ! Le problème c’est qu’on ne trouve plus personne pour écouter ! Beau vacarme : une bande de durs de la feuille qui se crient par la tête ! C’est rendu que les curés portent des appareils auditifs, eux qui criaient haut et fort que la masturbation rend sourd. Il y a de quoi se fermer le tympan ! »

*

Ma grand-mère est morte, il y a quelques années. Sur les derniers jours de sa vie, elle m’a confié qu’elle n’avait pas peur de la mort.

– Quand on sait que le souvenir reste, la fin est belle. La mémoire est le seul lieu où on demeure pour l’éternité.

Ma grand-mère défuntisa. D’un coup, passant de simple « ma’me Pellerin» à «feue ma’me Pellerin», sans flamme, ni étincelle. Elle expira d’un soufre.

Fred Pellerin dans Dans mon village, il y a belle lurette

Une chanson de Gilles Vigneault interprétée avec Fred Pellerin – Gens du pays

Les paroles sur https://laboiteauxparoles.com/titre/82864/gens-du-pays

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