Ils se parlent !

Quand l’informatique est utilisée non comme instrument mais comme système global d’existence, l’heure est venue de prendre le maquis. Et de recommencer timidement par le début. Seul un homme est en mesure de faire passer à un autre le virus du savoir et de la connaissance. Comme d’ailleurs, jusqu’à preuve du contraire, seul un ordinateur peut contracter un virus informatique.

Il va falloir simplement redécouvrir le dialogue. Un maître et quelques écoliers. Un père, une mère et quelques enfants… Dans les années à venir, La Découverte la plus révolutionnaire – j’en mets ma main au feu – sera la relation entre deux personnes – sans machine interposée, sans SMS, sans portable, sans email. L’homme redécouvrira la parole de l’homme et l’oreille de l’homme et cela bouleversera tout de fond en comble.

Ils sont nombreux, ceux qui bricolent des scénarios d’avenir dramatiques – et surtout dérisoires. Car depuis que j’observe attentivement ce marché, une seule loi sérieuse s’en est dégagée : l’avenir ne se laisse prévoir que longtemps après qu’il a eu lieu. Ma proposition qui suppute que l’homme est l’avenir de l’homme a du moins pour elle que 500.000 années environ l’ont quelque peu rodée.

Pour ceux qui jugeront cette vision trop déstabilisante, habitués qu’ils sont à ne fréquenter que des machines, je propose une longue et tranquille période de réadaptation : une minute de paroles échangées le matin – même succinctes, même monosyllabiques pendant six mois. Puis un regard. Durant les trois années suivantes, deux minutes ; et là, des phrases entières avec un substantif, un verbe, un complément transitif ou circonstanciel selon le contenu du message – puis un regard accompagné cette fois d’un sourire. Il faut bien sûr avancer très prudemment pour ne pas succomber à une overdose.

Le révérend père Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, père d’Alice au pays des merveilles, l’avais bien saisi : les choses sont stables alors que les vivants sont et resteront toujours décourageants par leur imprévisibilité.

Si vous choisissez un maillet et une boule de bois pour une partie de croquet, tout va bien. Si vous choisissez un flamant rose pour Mallet, l’animal, en rétractant sa tête au moment où vous allez frapper, fera irrémédiablement dévier la trajectoire de la balle – et comme de plus, la balle, elle, se trouvera être un hérisson roulé en boule, qui, à tout moment, peut décider de se sauver à toute pattes sous le buisson, le jeu deviendra découragement. Aussi soyons francs : avec ce qui est vivant, on peut s’attendre à tout. Et pourtant, j’ose insister : l’avenir, ce sont deux humains assis côte à côte ou face à face.

Ils ont en eux toute l’intelligence de la création et ils aident l’un et l’autre patiemment à en trouver la trace. J’ose à peine dire ce qu’ils font ensemble tant j’ai peur de heurter la sensibilité contemporaine :

Ils se parlent !

Christiane Singer dans N’oublie pas les chevaux écumants du passé

Une pièce musicale de Jean-Michel Blais – Murmures

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