Attention

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Dans son roman d’anticipation Île (1962), écrit à la fin de sa vie, Aldous Huxley décrit une société utopique qui réaliserait une synthèse entre la contemplation et l’action, la quête intérieure et l’utilité sociale, la spiritualité et la science, une sorte de métissage culturel entre l’Orient et l’Occident. Dès le début du récit, Will Farnaby, le héros principal échoué sur une plage, est surpris par des voix étranges, semblant surgir de nulle part, qui ne cessent de lui répéter : « Attention ! Attention ! Attention !32 »… Ce sont en fait des oiseaux, des mainates doués de parole, qui ont été éduqués par un ancien roi bouddhiste de cette île imaginaire et interdite, pour répéter inlassablement ce maître-mot à ses sages habitants. Pourquoi apprendre à faire attention ? Il s’agit, en tous lieux et à tous moments, au milieu de nos multiples et diverses activités, de marquer un petit temps d’arrêt, de suspension, de manière à vraiment faire « attention » (du latin adtendere, « tendre l’esprit vers »), c’est-à-dire à faire retour sur nous-mêmes, tant notre « distraction » habituelle (du latin distrahere, « séparer » et « tirer ») nous sépare au contraire de notre axe intérieur, nous tire en permanence vers le dehors. Nous oscillons ainsi, tout au long des jours, entre attention et distraction, entre présence et absence.

La pratique de l’attention consiste donc à opérer ce « rappel de soi », pour reprendre la juste expression des enseignements spirituels de Gurdjieff (1866-1949), suivis en particulier par l’écrivain René Daumal, cherchant sans relâche l’éveil à même le quotidien : « Éveille-toi, trouve-toi : l’endroit où tu te trouves, c’est l’état actuel de ta conscience, prise avec la totalité de son contenu ; c’est d’ici que tu dois partir33. » L’enjeu de ce difficile « Travail », comme le nommait Gurdjieff, est absolument simple. Être « ici », entièrement attentif à ce qui se passe, et non être « distrait », c’est-à-dire littéralement à côté de ses pompes… Ne pas vivre en mode automatique, comme un robot ! Sans attention, nous devenons sans y prendre garde comme coupés de nous-mêmes, dans un monde qui se vide alors de toute substance, de toute vitalité. Voilà pourquoi il faut constamment se rappeler de… ne pas oublier. Cultiver la présence, toujours et partout. C’est une question de vie, ou de mort.

Philippe Filliot dans Les 50 mots essentiels de la spiritualité

Une pièce musicale de Rodrigo y Gabriela – Tamacun

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