Le connu

Seuls ceux qui savent regarder un arbre, les étoiles, les eaux scintillantes d’un torrent, dans un état de complet abandon, savent ce qu’est la beauté. Cet état de vision « réelle » est l’amour. En général c’est par des comparaisons, ou à travers ce que l’homme a assemblé que nous apprécions la beauté, ce qui veut dire que nous l’attribuons à quelque objet. Je vois ce que je considère être un bel édifice, et j’apprécie sa beauté à cause de mes connaissances en architecture qui me permettent de le comparer à d’autres édifices que j’ai vus. Mais je me demande maintenant: « Existe-t-il une beauté sans objet? » Lorsque l’observateur, qui est le penseur, le censeur, celui qui vit l’expérience vécue, est présent, la beauté est un attribut extérieur que l’observateur voit et juge. Mais lorsque cet observateur n’est pas là – ce qui demande des recherches et de longues méditations – alors apparaît une beauté sans objet.

La beauté réside dans le total abandon de l’observateur et de l’observé, et cet abandon de soi n’est possible qu’en un état d’austérité absolue. Ce n’est pas l’austérité du prêtre avec sa dureté, ses sanctions, ses règles, son obédience ; ce n’est pas l’austérité des vêtements, des idées, du régime alimentaire, du comportement ; c’est celle de la simplicité totale, qui est une complète humilité. Il n’y a, alors, rien à accomplir, aucune échelle à grimper, mais un premier pas à faire, et le premier pas est celui de toujours.

Supposez que vous vous promeniez seul, ou en compagnie, que vous ayez cessé de parler, et que vous soyez plongé dans la nature. Aucun aboiement ne se fait entendre, pas un bruit de voiture, pas un battement d’ailes. Vous êtes complètement silencieux et la nature autour de vous est totalement silencieuse aussi. Cet état de silence, à la fois de l’observateur et de l’observé, lorsque le témoin ne traduit pas en pensées ce qu’il observe, ce silence dégage une beauté d’une qualité particulière où ni la nature ni l’observateur ne sont là, mais un état d’esprit entièrement, complètement seul: seul, non isolé, seul en une immobilité qui est la beauté.

Lorsque vous aimez, l’observateur est-il là? Il n’est là que lorsque l’amour est désir et plaisir. Mais lorsque le plaisir et le désir ne lui sont pas associés, l’amour est intense ; il est, telle la beauté, quelque chose de totalement neuf tous les jours. Ainsi que je l’ai dit, il n’a pas d’hier et pas de demain.

Jiddu Krishnamurti dans Se libérer du connu

Une pièce musicale de Hide in Your Shell, Roger Hodgson of Supertramp (writer and composer), with Orchestra

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/257060.html

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