Réflexion de Gibran sur la nation

Tu as tord, cher…

Malheur à la nation qui brandit mille et une croyances, mais qui ignore la foi.

Malheur à la nation qui acclame son tyran comme un héros, et qui estime bienfaisant son conquérant de pacotille.

Malheur à la nation qui méprise les rêves de ses ambitions, et qui se soumet à leur éveil. Malheur à la nation qui n’élève la voix que dans ses funérailles, qui ne se glorifie que parmi ses ruines, et qui ne se révolte qu’entre le glaive et le billot.

Malheur à la nation dont le politicien est mi-renard et mi-pie, le philosophe un jongleur de mots, et l’artiste un maître en rafistolage et en contrefaçon.

Malheur à la nation qui accueille son nouveau souverain en fanfare pour le renvoyer plus tard sous les huées et en acclamer un autre aux mêmes sons de trompettes.

Malheur à la nation où les sages sont rendus muets par l’âge tandis que les hommes vigoureux sont encore au berceau. Malheur à la nation divisée dont chaque parcelle revendique le nom de nation.

Gibran Khalil Gibran (1883-1931) était un poète libanais d’expression arabe et anglaise et un peintre. Des poèmes et des méditations qui ont une grande résonance tant en Orient qu’en Occident.

Khalil Gibran dans L’œil du prophète

Une pièce musicale de Estuary | Estuaire, Constantinople, Kiya Tabassian, setar; Ablaye Cissoko, kora; Patrick Graham

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