Résilience ou soumission

Il y a un instant, dans toute crise importante vécue, où l’on comprend que la situation ne nous obéira plus. Le corps le sait avant l’esprit, quelque chose en nous cherche encore le point d’appui, le levier, le geste qui ferait revenir les choses sous notre gouverne, et ne le trouve pas. C’est là, exactement à cet endroit de bascule, que résilience et soumission se ressemblent le plus dangereusement. Elles peuvent nous faire vivre le même silence, la même absence de résistance frontale, le même « je fais avec ». Et pourtant, elles ne partent pas du même lieu intérieur, et elles ne mènent pas au même avenir.

Soumission et résilience partagent un même renoncement apparent, toutes deux cessent de lutter contre ce qui ne peut être changé. C’est pourquoi on les confond si aisément, y compris en soi-même, dans le feu de l’épreuve. Mais ce renoncement n’a pas la même texture selon qu’il naît de l’épuisement ou du discernement.

La soumission nous amène à renoncer parce qu’elle a perdu la conviction qu’un autre rapport au réel est possible. Nous cédons, non pas la maîtrise des événements, que l’on n’a de toute façon jamais totalement, mais la maîtrise de notre propre regard sur les événements. C’est une reddition intérieure, on s’aligne sur la force qui nous dépasse, non pour l’habiter autrement, mais pour ne pas être emporté face à elle.

La résilience, elle, nous amène à renoncer à une chose précise, l’illusion du contrôle sur le cours extérieur des choses. Mais, elle n’amène pas à renoncer à notre position. Nous continuons à discerner, à choisir notre manière d’habiter ce qui arrive, à nommer ce qui a de la valeur au milieu du chaos. Le contrôle que nous perdons est circonstanciel, le contrôle que nous gardons est intérieur, et c’est précisément celui qui, dans une crise, va nous guider.

Comment distinguer, dans le vif de l’instant, lequel des deux états nous guidera-t-il ? Un indice se dégage, la soumission ferme des portes, la résilience en garde une entrouverte.

Celui qui se soumet à la crise cesse d’interroger. Il installe une explication qui clôt la question, « c’est ainsi », « on n’y peut rien », « il fallait s’y attendre », et cette clôture, si elle apaise, appauvrie aussi.

Celui qui traverse avec résilience, au contraire, continue de se questionner devant ce qui lui arrive, même sans réponse immédiate. Il ne sait pas ce que cela signifie, il ne sait pas encore ce qu’il en fera, mais il ne ferme pas la porte du sens. Il habite l’incertitude comme un lieu encore vivant, plutôt que comme un tombeau qu’on referme.

Il y a quelque chose de salutaire, bizarrement, dans les crises qui nous perturbent. Elles nous obligent à reconnaître ce qui, en nous, ne dépend que de nous. La résilience n’est pas une compétence qu’on acquiert pour mieux dominer l’imprévisible, ce serait encore une ruse de la volonté de contrôle, déguisée en sagesse. Elle est plutôt la découverte que quelque chose en nous peut rester debout, ou du moins présent, alors même que tout l’extérieur s’effondre. Ce n’est pas une victoire sur la crise. C’est une manière de continuer d’exister à travers elle, sans se dissoudre.

La crise en nous éveille une vigilance, celle qui consiste à ne jamais confondre le lâcher-prise sur ce qui échappe avec l’abandon de ce qui, en nous, ne devrait jamais échapper, la capacité de continuer à interroger, à sentir, à vouloir encore comprendre, même sans rien en main.

La voie de passage de l’entraînement de l’esprit aide à intégrer la résilience.

Une chanson de Fred Pellerin – Tenir debout

Les paroles sur https://www.musixmatch.com/lyrics/Fred-Pellerin/Tenir-debout

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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