Faut-il guérir de tout ?

La compassion commence par un seul geste, celui de se pencher, de regarder, d’écouter autrui. Elle est discrète et attentive, elle ne fait pas d’éclat, mais offre toute la chaleur dont un individu est capable. Elle est d’abord un élan qui porte vers l’autre, le fameux prochain, quel qu’il soit, à la Facon dont on pratiquait l’hospitalité dans l’Antiquité grecque : on accueillait l’étranger sans même lui demander son nom, ni les raisons de son passage. C’est l’élan premier –la voix du cœur- qui fait spontanément tendre la main à une personne âgée, qui relève quelqu’un qui vient de tomber. Au fond, un seul geste compte et c’est celui qui coûte le plus : prendre l’autre dans ses bras, le serrer sur son cœur. Cela suffit, souvent, à apaiser de grandes douleurs, cela dépasse toutes les thérapies savantes et bavardes. Mais peu d’hommes savent offrir cette élémentaire chaleur d’humanité.

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Parfois, sous le coup d’une douleur, par la grâce d’un émerveillement, une échancrure se produit qui déchire notre opacité et permet d’aller voir de l’autre côté : une brèche par laquelle la Lumière peut nous toucher.

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Dès qu’il tient sur ces jambes et s’aventure un peu, tout enfant fait l’apprentissage de la vie par des plaies, des bosses, des chutes, en se cognant, en se brûlant. Cela ne désigne pas une voie de souffrance ni un monde de douleur, mais rappelle qu’être vivant, c’est être touché souvent et parfois bouleversé.

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Nul n’est capable de véritable charité s’il n’a pas été lui-même transpercé, humilié.

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L’homme n’a pas d’autre choix que de s’étioler ou de s’étoiler.

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L’erreur est de croire que le monde est clos alors que ce sont nos perceptions, nos propres limites qui nous empêchent de discerner toutes les autres sphères de l’invisible.

Jacqueline Kelen dans Divine blessure : Faut-il guérir de tout ?

Une pièce musicale de MÖNG – Ohilen

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