La culture de l’ignorance

Parfois, j’ai l’impression, malgré le nombre grandissant d’écoles et d’accès à la connaissance, que nous vivons une époque où un nombre grandissant de personnes semblent vouloir cultiver l’ignorance.

Je fais référence à l’agnotologie, un terme utilisé par l’historien des sciences Robert Proctor et Londa Schiebinger, qui réfère à l’étude de la production culturelle et sociale de l’ignorance, par opposition à l’épistémologie qui étudie la production du savoir.

Avec cette perspective, l’ignorance n’est pas toujours un simple manque de connaissance, un vide en attente d’être comblé. Elle peut être fabriquée activement, comme un produit culturel à part entière. Par exemple, l’industrie du tabac finançant des études pour entretenir le doute sur le lien tabac-cancer, les stratégies de désinformation sur le changement climatique ou la domination masculine.

Ainsi, il existe plusieurs types d’ignorance, celle qui résulte de la négligence, celle qui est stratégiquement entretenue en utilisant le doute comme arme, et celle qui naît d’un choix délibéré de ne pas savoir par indifférence, peur, ou intérêt.

Une autre perspective présente l’ignorance comme phénomène culturel diffus, comme chercher à démontrer un esprit libertin par une méfiance envers l’expertise, une simplification excessive, une fragmentation de l’attention, ou une valorisation de l’opinion au détriment du savoir vérifié.

Enfin, les anciens Grecs ont introduit l’ignorance savante, c’est-à-dire que l’ignorance est souhaitée, non pas comme défaut cultivé par d’autres, mais comme posture cultivée par soi. Socrate illustre bien cette perspective avec le « je sais que je ne sais rien » car reconnaître son ignorance est le premier pas vers la véritable sagesse, car celui qui croit tout savoir n’apprend plus rien.

Il y a aussi Nicolas de Cues et sa Docte ignorance, présentant l’ignorance savante comme une voie d’accès au divin, qui dépasse l’entendement conceptuel. Enfin, le Zen où suspendre le savoir conceptuel ouvre à une autre forme de présence.

Ici, l’ignorance n’est pas un manque à combler ni une arme de manipulation, mais une discipline, une manière de se tenir au seuil du mystère sans le réduire prématurément au connu.

Malheureusement, l’ignorance comme stratégie de manipulation est de plus en plus présente, permettant d’effacer les enseignements du passé, concernant notamment la liberté de pensée et les droits, afin de mieux contrôler les humains. Pourtant, toutes les tentatives de contrôle des humains sont éphémères dans une perspective de vie terrestre.

Une chanson de Claud Michaud – Les complotistes

Les paroles sur https://claudmichaud.ca/wp-content/uploads/2021/02/Passages-Claud-Michaud-Livret-1.pdf

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

COPYRIGHT – DROIT DE REPRODUCTION – La reproduction de cet article sur un blogue ou un site est autorisé à condition de respecter :   * L’intégralité du texte — Vous ne devez pas modifier, transformer ou adapter ce texte. * Le droit d’auteur — Vous devez citer le nom de la source (avec un hyperlien vers l’article original de préférence). * La finalité sans but lucratif — Vous n’avez pas le droit d’utiliser cette création à des fins commerciales. Si j’ai utilisé vos textes/photos et que vous souhaitez que je les retire, merci de me contacter en commentaire, ce sera fait rapidement.

Laisser un commentaire