
Ce n’est plus le jugement proprement dit qui se forme ici : c’est la compréhension.
Compréhension des êtres et des sentiments, compréhension des situations et des passions. Or, le meilleur moyen de réagir sainement dans la vie, est de percevoir les idées et les problèmes avec une profondeur humaine qui seul leur donne leur vrai sens. La compréhension qui naît ainsi chez l’élève est la forme la plus haute de l’intelligence.
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Cela peut paraître peu de choses, mais l’avantage que nous découvrons ici n’est pas mince : on peut le définir d’un mot. Ce mot est liberté. Se former une opinion à soi, c’est faire preuve de liberté d’esprit, c’est par suite choisir soi-même sa voix, ses orientations, ses engagements. C’est éviter de se laisser guider par autrui, d’être prisonnier d’un milieu, de tomber dans tous les pièges de la propagande et de la malhonnêteté.
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De cet amas de connaissances que l’on croyait d’abord inutiles et qui peu à peu se sont effacés, disparaissant de notre conscience les unes après les autres, résulte donc pour finir la possibilité d’avoir une pensée personnelle, une vie indépendante et une personnalité autonome.
La liberté toujours doit se conquérir : elle se conquiert aussi en classe par des exercices dans le sens ce n’est pas toujours reconnu ni compris.
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L’enseignement a pour mission, entre autres, de constituer pour nous ce trésor et de nous en apprendre le maniement. Le trésor des savoirs oubliés vaut pour tous et pour tous les moments de notre vie.
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Depuis que je n’y vois plus, je découvre encore chaque jour les beautés du monde, ses étrangetés, ses laideurs, sa présence – parce que la littérature ne cesse de me les apporter.
Jacqueline de Romilly dans Le trésor des savoirs oubliés
Une pièce musicale de Ólafur Arnalds – Only The Winds
