Observer sans idée préconçue

Observez ce qui se passe effectivement dans le monde, et toute cette confusion qui règne en vous, mais en observant de la sorte, ne transformez pas en idée en abstraction, le fruit de cette observation. Soyons très clair sur ce point. Lorsque nous observons un arbre, le mot arbre est une notion abstraite -et non pas la réalité de l’arbre. J’espère que c’est clair. Le mot, l’explication, la description n’est pas la réalité factuelle, n’est pas ce qui est… lorsque nous observons que qui se passe effectivement dans le monde et dans le tréfonds de notre conscience, cette observation peut demeurer pure, claire, directe, à condition de ne pas faire de ce que l’on observe une abstraction, une idée. Nous baignons tous plus ou moins dans l’abstraction, … ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les idées, mais uniquement l’observation de ce qui se passe dans les faits- cette observation n’étant soumise à aucune théorie ou ligne de pensée particulière, mais ayant pour seul objet ce qui est. Et il faut garder cela clairement à l’esprit au cours de cette observation de ce qui est. Faire de ce qui est une abstraction, une idée, ne peut qu’engendrer un surcroît de confusion.

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Le savoir nous est indispensable, nous ne pouvons pas fonctionner sans son aide, sans lui nous ne pourrions ni parler ni écrire, etc. Le savoir est nécessaire pour pouvoir fonctionner, mais son action devient névrotique lorsque la quête d’un certain statut devient prééminente, autrement dit lorsque la pensée entre en jeu sous forme de « moi », de statut à atteindre. Donc, le savoir est nécessaire, mais en même temps la méditation est la découverte, la rencontre inopinée, l’observation d’une zone dans laquelle le processus de la pensée n’a pas cours. Ces deux états peuvent-ils coexister harmonieusement dans notre quotidien ? Tout le problème est là : la chose est-elle possible sans exercices respiratoires, sans postures rigides, sans mantras à répéter, sans sommes folles à débourser juste pour apprendre un pauvre petit mot que l’on va répéter jusqu’à se croire au paradis, tout cela n’étant que monumentale — que dis-je — transcendantale idiotie !

Jiddu Krishnamurti (1895-1986) : Il fut un libre penseur, qui s’est promené dans le monde. Il est considéré comme l’un des grands penseurs et maîtres spirituels. Il ne proposait aucune philosophie ou religion. Il expliquait avec minutie les subtils mécanismes de l’esprit humain, et il insistait sur la nécessité d’introduire une qualité profondément méditative et spirituelle dans notre vie de tous les jours. Il n’appartenait à aucune organisation, aucune secte, à aucun pays, ne s’inscrivait dans aucun courant de pensée, politique ou idéologique. Il affirmait tout au contraire que ce sont là les véritables facteurs qui divisent des hommes et entraînent les conflits et les guerres. Citation : Ce que je vous demande, c’est d’ouvrir votre esprit, non de croire.

Jiddu Krishnamurti dans L’esprit et la pensée

Une pièce musicale de Karl Jenkins, Royal Philharmonic Orchestra – Palladio Reimagined: 1. Allegretto