
Un homme de science est censé posséder, et cela de première main, des connaissances complètes et approfondies sur quelques sujets ; aussi attends-t-on habituellement de lui qu’il n’écrive rien sur un sujet qu’il ne domine pas comme un maître? Pareille réserve est considérée comme une question de noblesse oblige. Pour le but présent je désire renoncer à la noblesse, s’il en est, et être affranchi de l’obligation qui en découle. Mon excuse est la suivante : Nous avons hérité de nos ancêtres une invincible prédilection pour des connaissances unifiées et universelles.
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La seule alternative possible est simplement de s’en tenir à l’expérience directe que la conscience est un singulier dont le pluriel est inconnu ; qu’il n’existe réellement qu’une seule chose, la pluralité apparente n’étant qu’une série d’aspects différents de cette chose unique, produits par une illusion (la maya hindoue) ; la même illusion se manifeste dans une galerie de glaces ; de même Gaurisankar et le mont Everest se trouvèrent être le même sommet, mais vu de vallées différentes.
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Supposez que vous puissiez marquer d’une façon distinctive les molécules contenues dans un verre d’eau, que vous versiez ensuite le contenu du verre dans l’océan, puis que vous agitiez ce dernier de façon à distribuer uniformément les molécules marquées parmi les « sept mers » ; en remplissant alors un verre d’eau en n’importe quel endroit de l’océan vous y trouveriez environ une centaine de vos molécules marquées.
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Les mutations sont dues en fait à des sauts quantiques dans la molécule du gène.
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Le physicien s’est familiarisé avec le fait que les lois classiques de la physique sont modifiées par la théorie des quanta, spécialement aux basses températures. Il y en a beaucoup d’exemples. La vie semble être l’un d’eux, et même un cas particulièrement frappant. La vie paraît être un comportement ordonné et réglementé de la matière, comportement qui n’est pas basé exclusivement sur la tendance de passer de l’ordre au désordre, mais basé en partie sur un ordre existant qui se maintient.
Erwin Schrödinger dans Qu’est-ce que la vie?
Une pièce musicale de Jean-Michel Blais – A heartbeat away
