Réflexion sur le karma

Nous entendons souvent les gens évoquer le karma comme une sorte de fatalité. En effet, la notion de karma est souvent réduite à une mécanique causale, par exemple, on fait le bien, le bien nous revient, on fait le mal, nous en subissons les conséquences. Pourtant, des textes anciens soulèvent une approche beaucoup plus riche et plus troublante.

Dans le bouddhisme, particulièrement dans l’Abhidharma, le karma ne désigne pas d’abord une rétribution morale, mais le principe même par lequel l’existence se perpétue. Il est lié au saṃsāra non comme une punition, mais comme structure. Tant qu’il y a une intention, il y a un karma, c’est-à-dire la fabrication d’existence. En ce sens, le karma n’est pas è l’image d’une loi extérieure sanctionnant, il est ce que fait le désir quand il s’attache. La dimension causale n’est qu’une face visible d’une réalité plus profonde, par exemple, l’auto-entretien de la souffrance par l’ignorance.

Certains textes du Vedānta et du tantrisme suggèrent que le karma prend une dimension presque cosmologique. Il est la manière dont le monde se souvient de lui-même. Les saṃskāras (impressions laissées par les actes) ne sont pas seulement des traces individuelles, mais constituent une trame subtile qui relie les êtres et les situations. Il y a là quelque chose qui rappelle la notion jungienne d’inconscient collectif.

Dans le Mahāyāna, le karma n’est pas seulement ce dont on subit les effets, c’est ce à partir de quoi on peut s’éveiller. La souffrance karmique n’est pas une punition, mais une invitation à reconnaître l’illusion du soi qui agit. Nāgārjuna, dans sa vision de la vacuité, va plus loin, il affirme que, si tout est vide de nature propre, alors le karma lui-même est vide, il n’y a pas de porteur de karma, pas d’acte substantiel, pas de rétribution nécessaire. C’est une subversion radicale de la lecture causale.

La Bhagavad Gita propose la perspective du concept d’action sans attachement au fruit. Nous devons réaliser une action qui ne crée plus de karma, libéré de l’ego qui recherche une récompense. Si le karma est déterminisme, où est la liberté ? La liberté ne consiste-t-elle pas à échapper au karma et à reconnaître sa nature fabriquée ? On retrouve ici une résonance étonnante avec la notion taoïste de wuwei, agir sans agir, sans que l’acte laisse de trace.

Alan Watta parle de l’interdépendance des choses, prenant l’image de la face pile d’une pièce qui nous arrive dans les mains, l’autre face s’y retrouve aussi et nous allons éventuellement la découvrir.

La notion de karma nous pousse alors à poser des questions. Le karma est-il vraiment l’explication de ce qui nous arrive ? Qu’est-ce que l’acte révèle de nous ? Qu’est-ce qu’il apporte à notre insu ?

Une chanson de Radiohead – Karma Police

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/243850-radiohead-karma-police.html

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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