Dialogue sur la nature humaine

Éduquer, c’est conduire hors de soi.

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Aujourd’hui, nous devons savoir qu’il est rationnel de connaître les limites de la raison.

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On peut d’ailleurs s’interroger sur la définition d’une société complexe. C’est une société, aux contraintes très faibles, où les individus et les groupes auraient beaucoup d’autonomie et d’initiative. Mais à la limite, pourrait-on dire, une société très complexe se dissout car il n’y aurait plus rien qui relierait les individus entre eux. Ce serait finalement le pur désordre! Si l’on veut que la communauté existe sur le plan humain, avec le minimum de coercition, on ne peut s’appuyer que sur le sentiment de solidarité et de communauté en chacun des membres. Sans cela, c’est la destruction.

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Cette nouvelle humanité qui est en train de naître doit être une humanité de débat. Cela est très fatiguant mais très passionnant, c’est la source de la vie.

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Dès l’instant où des scientifiques, des politiciens, des philosophes, etc. répètent et habitent la même théorie, ils s’adorent entre eux, mais haïssent ceux qui en récitent une autre. La théorie prend une fonction de clan et non plus de pensée.

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La parole, c’est à la fois merveilleux et terrible. Vous avez parlé de génocide… En effet, dès l’instant où l’on devient capable d’habiter le monde virtuel – que l’on invente avec nos récits -, on peut très bien se haïr et désirer logiquement se tuer, pour l’idée que l’on se fait de l’autre et non pas pour la connaissance que l’on en a. A cet instant, on échappe aux mécanismes régulateurs de la nature et l’on devient complètement soumis au monde que l’on crée. Et c’est alors le plus moralement et le plus logiquement du monde que l’on fabrique et constitue des génocides.

Boris Cyrulnik et Edgar Morin dans Dialogue sur la nature humaine

Une pièce musicale de Paco de Lucía – Entre Dos Aguas

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