Figures absentes

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Quelqu’un veut-il habiter,

Que ce soit à des escaliers,

Et où une maison se suspend

Au bord de l’eau fais séjour.

Ce que tu as,

C’est à prendre souffle.

Quelqu’un l’a-t-il en effet

Hissé au jour,

Dans le sommeil il le retrouvera.

Car où les yeux sont couverts

Et attachés les pieds,

C’est là que tu trouveras.

Plus d’envols maintenant vers l’Asie, vers la Grèce, plus de visions (ces vers [de Hölderlin] sont la deuxième partie d’un poème tardif dont la première, célébrant le vol de l’aigle « vers l’Olympe », s’achève sur cette question : « Où voulons-nous demeurer ? »), mais l’immobilité pareille à celle du pauvre ou du prisonnier. Le Plus Haut, le Meilleur, ne serait-ce pas ce qui est aussi le plus proche, et que l’on ne voyait pas ?

*

C’était notre vie, avec ses cahots : peu de mérite, peu d’ardeur, partout des menaces. Un cœur peu généreux, un esprit incertain et prudent, rien que des vertus négatives, d’abstention ; et quant au monde : un visage tailladé. Le fer dans les yeux, l’os carié. Le siècle que l’on ne peut plus regarder en face. Et rien que d’avoir entendu ces voix auxquelles je ne m’attendais plus, ainsi liées aux arbres et au ciel en même temps, ainsi placées entre moi et le monde, à l’intérieur d’une journée, ces voix qui se trouvaient être sans doute l’expression la plus naturelle d’une joie d’être (comme quand on voit s’allumer des feux pour une fête de colline en colline) et qui la portaient, cette joie, à l’incandescence, faisant tout oublier des organes, des plumages, de la pesanteur (comme fondus dans sa sphère), rien que d’avoir entendu cela, mon attention s’était portée à nouveau, par surprise, par grâce, vers ce qui, plus pur, la purifie et, plus lumineux, l’illumine.

Ciel. Miroir de la perfection. Sur ce miroir, tout au fond, c’est comme si je voyais une porte s’ouvrir. Il était clair, elle est encore plus claire.

Pas de clochers. Mais dans toute l’étendue, l’heure de l’éternité qui bat dans des cages de buée.

Suprême harmonie, justice de l’Illimité. On aurait dit que chacun recevait sa part, la lumière qui paraît infinie distribuée selon l’aérienne convenance.

Philippe Jaccottet dans Paysages avec figures absentes

Une pièce musicale de Max Richter – On The Nature Of Daylight

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