
Aie la foi. Pour commencer, nous allons faire les petites choses faciles et, petit à petit, nous nous attaquerons aux grandes. Et quand les grandes choses seront faites, nous entreprendrons les choses impossibles.
*
Pour la première fois, ce soir-là, je compris que tout se tient et que derrière la plus humble besogne quotidienne se trame le destin de l’homme. François sentait qu’il n’est pas de grande ou de petite tâche et que poser un caillou sur un mur en ruine, c’est redresser le monde qui menace de tomber, redresser l’âme qui chancelle.
*
Le ciel est bas, il pleut doucement, la terre sent bon. Les citronniers sont en fleurs, au loin le coucou chante. Toutes les feuilles rient car Dieu s’est fait pluie et pleut sur le monde.
*
Le matin, quand le jour se levait et que les oiseaux se mettaient à chanter, ou à midi, quand ils s’enfonçaient dans l’ombre fraîche du bois, ou encore la nuit sous les étoiles et au clair de lune, François frémissait d’une indicible félicité.
— Frère Léon, me disait-il, les yeux pleins de larmes. Quel prodige ! Comment imaginer Celui qui a créé tant de beauté ? Comment le nommer ?
— Dieu, Père François, lui répondais-je.
— Non, pas Dieu ! s’écriait-il. Ce nom-là est terrible, il brise les os. Non, pas Dieu, mais Père !
*
C’est du fond de l’Enfer que tu as pris ton élan pour monter au Ciel.
Tu me le disais souvent : « Plus bas est ton point de départ, plus haute sera ton élévation. Le plus grand mérite du chrétien militant n’est pas sa vertu, mais le combat qu’il livre pour transmuter en vertu son impudeur, sa lâcheté, son incroyance, sa malice. Un jour, un glorieux archange viendra se placer à la droite de Dieu et ce ne sera ni Michel ni Gabriel, ce sera Lucifer, qui aura enfin transmuté son horrible noirceur en lumière. »
*
La vertu elle-même a besoin de mesure, dit-il, sinon elle devient arrogance.
Nikos Kazantzakis dans Le pauvre d’Assise
Une pièce musicale HYMNE À L’AMOUR – Édith Piaf/Marguerite Monnot – Paris Tour Eiffel – Gautier Capuçon
