Aimer malgré tout

Il arrive un moment où aimer n’a plus rien d’évident. Le lien a été éprouvé, la blessure est passée par là, la naïveté n’est plus possible.

Et pourtant, quelque chose demeure une possibilité fragile, un espace encore ouvert.

Aimer encore, n’est pas recommencer comme avant. Ce n’est pas oublier ce qui a été vécu, ce n’est pas effacer les traces. C’est aimer autrement avec plus de gravité, avec plus de vérité.

Aimer encore, c’est accepter que l’amour laisse une marque. Qu’il transforme le regard, qu’il rende le monde différent, même quand la relation change ou s’achève.

Aimer encore n’est pas une performance. C’est une décision intérieure, souvent silencieuse, presque invisible. C’est refuser que la blessure ait le dernier mot. C’est choisir de rester ouvert là même où l’on sait que l’on peut souffrir.

Peut-être est-cela, au fond, le courage d’aimer, non pas aimer sans tomber, mais aimer encore après être tombé.

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Nous aimerions souvent aimer avec des assurances. Savoir où l’on va. Ce que l’autre fera. Si le lien tiendra.

Mais l’amour véritable ne se laisse pas sécuriser à l’avance. Il ne promet pas la durée, il ne protège pas de la perte, il s’engage sans contrat.

Aimer sans garantie, c’est accepter que la relation ne nous appartienne pas, qu’elle puisse évoluer autrement que prévu, quelle puisse même s’interrompre.

Ce renoncement est difficile. Il touche notre besoin de maîtrise à notre désir d’être rassurés avant de donner vraiment.

Aimer suppose d’oublier l’obsession du résultat. De renoncer à tout prévoir, de consentir à l’inconnu. Il n’offre aucune garantie préalable. Il ne décrit pas le chemin à l’avance, il invite à entrer dans une relation vivante.

Aimer sans garantie, ce n’est pas être inconscient. C’est accepter que l’amour ne soit pas un calcul, qu’il n’existe que dans cette part de risque où l’on donne sans savoir.

Ce choix expose, il rend vulnérable. Mais il permet une relation entière, non retenue par la peur de perdre. Et peut-être est-cela l’un des gestes les plus simples et les plus courageux de l’amour adulte.

Geoffrey Wion Florens dans S’asseoir un peu plus près

Une pièce musicale de Alexandra Stréliski – A new romance

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