
Nous voyons mourir notre rapport au réel avec le sourire de ceux qui sont divertis, voire simplement distraits.
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Chacun, désormais, peut mettre en scène son imaginaire, du président des Etats-Unis pilotant un avion qui largue des étrons géants sur les manifestations de ses opposants, à l’individu pouvant créer un selfie avec la star de son choix, vivante ou morte par ailleurs. Vrai, faux ? Aucune importance, l’image ne prouve rien d’autre désormais que l’état de la psyché de l’être qui a demandé qu’elle soit créée.
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Nous vivons depuis plusieurs années les conséquences de la révolution numérique. La toute-puissance de l’économie de l’attention, qui prospère sur la captation de notre temps, disponible ou non (sujet des livres La Civilisation du poisson rouge et Tempête dans le bocal), impose son empreinte. La dépendance individuelle, la polarisation de nos sociétés sont des phénomènes auxquels nous nous sommes d’abord habitués, frappés du syndrome de « normalisation de la déviance », concept mis en lumière par la sociologue Diane Vaughan, qui pose qu’à force de vivre avec des dysfonctionnements, on finit par considérer leur existence comme normale. Puis est venu le temps de la prise de conscience, et du début de révolte face aux géants numériques qui nous imposent leur joug.
Un nouveau chapitre s’ouvre avec l’émergence des Intelligences Artificielles, et les prémices de leur omniprésence dans nos vies. Nous entrons dans une nouvelle économie : l’économie de la relation, qui va prospérer sur l’aide personnalisée à nos décisions, nos comportements et nos réflexions. Une aide dont on ne sait encore si elle relèvera du copilotage, du pilotage, ou de la dictature. D’ores et déjà, nous sentons que peut se rejouer la pièce récente des années qui suivirent l’introduction du smartphone, de la connexion permanente et des réseaux sociaux : une accoutumance ravie accompagnée d’un inconfort croissant, avant qu’un réveil brutal ne nous saisisse, quand il sera trop tard. La normalisation de la déviance, à nouveau.
Vous avez aimé l’économie de l’attention ? Vous adorerez l’économie de la relation, nous affirment les empires numériques. Une économie qui prospérera à partir de l’investissement que nous consentirons à faire dans nos liens avec la machine, le nombre de tâches que nous ne pourrons plus exécuter sans elle, de la confiance que nous lui accorderons et qui lui permettra de nous proposer des produits et des services qu’elle présentera comme des solutions à nos problèmes.
Bruno Patino dans Le temps de l’obsolescence humaine
Une pièce musicale de Hermanos Gutiérrez – Sonido Cosmico
