Aimer ou être aimé

Il y a une question que l’on pose souvent comme un choix, alors qu’elle est peut-être une voie à explorer.

Vaut-il mieux aimer, ou être aimé ?

On la pose comme on poserait celle du feu et de la lumière, comme s’il fallait choisir entre la flamme qui brûle et la clarté qu’elle projette. Mais la flamme n’est pas séparable de sa lumière. Peut-être en va-t-il de même ici.

Une tradition ancienne, stoïcienne, et que l’on retrouve auprès de penseurs de différentes traditions orientales, penche nettement d’un côté : mieux vaut aimer. Aimer est une posture, une orientation, quelque chose que l’on fait. Être aimé, en revanche, dépend d’un autre, de son regard, de sa fidélité, de son caprice parfois. Celui qui aime se tient debout par lui-même. Celui qui attend d’être aimé reste suspendu au bon vouloir d’autrui.

Il y a dans ce choix une forme de liberté farouche. On ne peut pas vous arracher votre amour, on peut seulement cesser de vous aimer en retour. Aimer, dans cette perspective, implique de refuser de faire dépendre sa disposition intérieure d’une réponse extérieure.

Et pourtant, il y a une autre voix, plus discrète, qui murmure que nul n’apprend à aimer sans avoir d’abord été aimé. L’enfant ne se construit pas à partir de rien, c’est le regard qui se pose sur lui, avant même qu’il sache parler, qui lui donne forme. Être aimé n’est pas seulement recevoir un bien, mais, se sentir reconnu dans notre singularité. Sans cela, dit-on, l’amour que l’on donne plus tard reste souvent une tentative de retrouver ce qui manquait, plutôt qu’un don véritablement libre.

Cette voix rappelle une chose essentielle, nous ne sommes pas des sources closes sur elles-mêmes. Nous sommes traversés.

Mais peut-être que la question elle-même trahit une séparation qui n’existe pas vraiment, sinon dans le langage.

Dès l’instant où l’on aime pleinement, sans calcul, sans retenue, sans compter ce qu’on recevra en retour, la distinction s’efface. On ne sait plus très bien qui donne et qui reçoit. L’amour, à ce moment-là, n’est plus un partage entre deux sujets séparés qui se regardent l’un l’autre depuis leurs frontières respectives. C’est un seul mouvement, une seule respiration, qui circule.

C’est peut-être cela, le véritable passage, non pas trancher entre aimer et être aimé, mais traverser la frontière qui les sépare, jusqu’à ce qu’elle devienne poreuse, puis invisible.

Peut-être ne s’agit-il pas d’exclure, mais de prendre une posture d’ouverture permettant un inconditionnel oui à la vie.  

Une chanson de Grand Corps Malade & Camille Lellouche « MAIS JE T’AIME »

Les paroles sur https://www.musixmatch.com/fr/paroles/Grand-Corps-Malade-Camille-Lellouche/Mais-je-t-aime/traduction/anglais

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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