
L’intuition du Zen n’est pas la conscience de nous-mêmes par nous-mêmes comme si celle-ci était notre fait, mais c’est l’intuition par laquelle l’Être prend conscience de lui-même en nous.
Le propre de cette conscience est de n’être ni réflexive, ni consciente, ni philosophique, ni théologique. Elle est, en un sens, totalement au-delà de la portée de l’observation psychologique et de la réflexion métaphysique.
Faute d’un meilleur terme, on peut dire qu’elle est « purement spirituelle.
*
Étudier un koan, c’est apprendre à ne pas se laisser arrêter par lui, à ne pas hésiter en face d’une difficulté purement illusoire, à savoir comment continuer sans se livrer à des imaginations et des discussions sans fin, à ne pas faire de projets pour « être efficace » ou « obtenir des résultats ».
*
Le koan est une phrase énigmatique que le Rochi donne à son disciple comme sujet de méditation. Il est possible que celui-ci passe des heures et des jours à s’efforcer d’analyser cette phrase ou à l’interpréter de manière symbolique; mais chaque fois qu’il revient voir le maître, celui-ci le renvoie pour qu’il continue à chercher la « réponse ». Peu à peu, il commence à comprendre que la nature de son koan est telle que celui-ci ne peut être ni analysé ni interprété intellectuellement. En un certain sens, il a une « solution », mais celle-ci n’est pas une « réponse ». C’est en réalité une solution qui ne peut être connue qu’en étant vécue.
La véritable méditation koan est celle où le disciple en vient à tellement s’identifier avec le koan qu’il expérimente son moi tout entier comme étant une énigme sans réponse. Ce peut être pour lui une expérience tout à fait décourageante; mais s’il poursuit son effort, il peut arriver qu’un jour, tout à coup, il s’accepte précisément comme il est, comme une énigme sans réponse qui soit communicable à d’autres de manière objective. S’il est apte à recevoir l’illumination, il goûtera alors le bonheur de saisir que son expérience personnelle incommunicable du fond de son être et son acceptation sans réserve de son propre néant, loin d’être un problème, sont la source et le centre d’une joie inexprimable.
*
Le zen n’est pas comme tant d’occidentaux l’imaginent un simple culte quiétiste du silence intérieur.
Le Zen est une prise de conscience totale du dynamisme et de la spontanéité de la vie ; aussi, on ne peut pas s’en saisir par la seule introspection et encore moins en rêvant. Suzuki dit : « Il faut saisir le Zen à mains nues, sans gants. »
Thomas Merton (en religion Père Louis) est né 1915 mort en 1968 est un moine cistercien-trappiste américain.
Thomas Merton dans Mystique et Zen
Une pièce musicale de Zen Moments (demo) – A Meditation Album by Shastro & Raphael
