Vers une société altruiste

Beaucoup de personnes estiment que l’argent et le bonheur sont inextricablement liés, qu’ils s’accroissent et s’effondrent ensemble. Plus nous avons d’argent et plus nous possédons de biens, plus nous sommes heureux. Inversement, si nous avons moins d’argent et possédons peu de choses, notre bonheur s’en trouve diminué. Cela est vrai jusqu’à un certain point. Les personnes qui sont sorties de la pauvreté absolue et sont en mesure de jouir d’une certaine liberté financière connaissent un niveau de bonheur supérieur à celles qui luttent pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.

Pendant un certain temps, lorsque le revenu augmente, le bonheur s’accroît également. Cependant, cet accroissement ralentit et finit par s’arrêter. Depuis les années 1960, les revenus se sont considérablement accrus partout dans le monde mais les niveaux de bonheur ont stagné. Pourquoi ? Ce phénomène s’explique en partie par la comparaison sociale. Nous avons tendance à évaluer notre réussite individuelle en nous basant sur le revenu moyen de nos semblables, de sorte qu’une augmentation de revenus dans un groupe de gens donné ne mène pas nécessairement à un accroissement collectif du bonheur. Un tel décalage s’explique également par une vérité fondamentale énoncée par le bouddhisme : le bonheur fondé sur des conditions extérieures, qu’il s’agisse de biens, du niveau de notre compte en banque, ou du statut social, est toujours limité et trompeur.

Pensez au moment où vous avez acheté une nouvelle voiture, au moment où vous avez obtenu une augmentation de salaire. Qu’avez-vous éprouvé ? Après quelques semaines, voire quelques mois, les sentiments d’excitation et de satisfaction ont-ils perduré ? Sans doute pas. Pour la plupart d’entre nous, le problème réside dans le fait qu’au lieu d’en tirer les leçons et de rechercher une source de bonheur plus profonde et plus durable, nous nous trouvons pris dans un cycle de désirs insatiables et d’insatisfactions. En réalité, avoir plus d’argent ne crée pas plus de bonheur, mais simplement le désir d’en amasser davantage, de posséder une nouvelle voiture et d’avoir un salaire encore plus élevé. Ce cycle engendre l’avidité, la cupidité, et parfois même, une volonté de nuire à autrui pour satisfaire nos propres intérêts égoïstes.

Ricard Matthieu Ricard e Tania Singer dans Vers une société altruiste – Conversations sur l’altruisme et la compassion réunissant sa Sainteté le Dalaï-lama, des scientifiques et des économistes

Une pièce musicale de Michele McLaughlin – A New Dream

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