La route sacrée

Explorer, ce n’est plus fouiller ou ratisser le monde pour être victorieux, plus maintenant en tout cas, pas au XXIe siècle. Explorer des lacs, des cascades comme des chemins de gravelle, c’est regarder en soi la folie harmonieuse qui donne envie de caresser une feuille de potamot dans un muskeg ou de photographier un grand orignal empanaché. L’exploration géopoétique demande plusieurs connaissances scientifiques, en plus d’une attention logique aux choses et aux êtres, mais par-delà tous ces savoirs rationnels, elle demande aussi d’habiter le monde avec art, émotion et sensibilité. Avec de l’âme, ai-je envie d’ajouter.

Mais qu’est-ce que l’âme ? Pour bon nombre d’esprits formés scientifiquement à chercher des preuves, une fois les hypothèses évoquées, l’existence de l’âme relève du loufoque. Je persiste néanmoins à croire que la qualité de tout lien humain dépend du contact « d’âme à âme ». Cette conviction m’est venue le jour où, un peu par hasard, j’ai découvert un livre de William Blake intitulé Le mariage du Ciel et de l’Enfer, qui contient sa définition de l’âme. Sans cette vision unitaire de l’être humain, où l’âme forme un tout, j’aurais continué à jongler avec des notions séparées de soma et d’esprit – l’esprit avec un petit e ou un grand E –, mais sans jamais savoir très bien comment y accoler la notion d’« âme », celle dont traitent les philosophes, les penseurs et les poètes depuis l’Antiquité. Ce qui était mon intuition – et c’est devenu ma quasi-certitude –, c’est que mon âme personnelle, ma « petite » âme, se trouve liée à l’Âme du monde. J’aime imaginer mon âme intégrée à l’Âme du monde. Et comme elle est magnifique, cette expression : « Âme du monde » !

Pour moi, l’Âme du monde est à la fois associée au cosmos, donc à l’infiniment grand, et au divin, ce qui, d’une certaine manière, la ramène à ma mesure, c’est-à-dire au plus intime de moi, à mon âme. A fortiori, on pourrait identifier l’Âme du monde à Dieu. J’aime croire que l’âme personnelle garde le pouvoir d’entrer en résonance avec l’Âme du monde, de la même façon que l’âme personnelle est capable de nourrir l’Âme du monde. Les deux entités ont la possibilité, en quelque sorte, d’être en état de « coexistence », dans une espèce d’amalgame mystique.

Jean Désy dans La route sacrée

Une pièce musicale de Patricia Essong – Calling

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