Bouddhisme et physique quantique

Depuis les débuts de la mécanique quantique, physiciens et penseurs bouddhistes ont remarqué des résonances frappantes entre les deux disciplines. Niels Bohr avait fait peindre le symbole du yin-yang sur ses armoiries, Erwin Schrödinger s’était plongé dans les Upanishads, le Dalaï-Lama, lui-même dialogue depuis des décennies avec des physiciens dans le cadre de l’institut Mind and Life. Ces convergences méritent d’être examinées avec rigueur, sans tomber dans l’amalgame facile.

Le bouddhisme place au centre de sa doctrine l’impermanence, rien n’existe de façon fixe et stable, tout est flux, devenir, changement constant. La physique quantique décrit un monde similaire au niveau subatomique. Une particule n’a pas de position ou de vitesse définies avant mesure, elle existe sous forme de probabilités, une fonction d’onde qui ne se fixe qu’au moment de l’observation. Cette absence d’état stable et prédéterminé fait écho à l’idée bouddhiste selon laquelle chercher une essence fixe dans les phénomènes est une illusion.

Le concept bouddhiste de production conditionnée illustre qu’aucun phénomène n’existe indépendamment des autres, tout surgit en relation, par un réseau de causes et de conditions. La physique quantique offre une analogie frappant avec l’intrication. Deux particules intriquées restent corrélées, quelle que soit la distance qui les sépare, de sorte que la mesure de l’une affecte instantanément l’état de l’autre. Certains y voient une illustration physique de l’idée qu’aucune entité n’est véritablement séparée du reste de l’univers.

Le terme sanskrit śūnyatā, souvent traduit par « vacuité », ne désigne pas le néant, mais l’absence d’existence propre et indépendante des phénomènes. Les choses n’ont de réalité que relationnelle. En physique quantique, le vide n’est pas non plus un néant absolu. Le vide quantique bouillonne de particules virtuelles qui apparaissent et disparaissent constamment, et le champ quantique reste la structure fondamentale d’où émerge toute matière. Les deux notions rejettent l’idée d’un fond stable et substantiel sous les apparences, sans pour autant être identiques.

Le principe de complémentarité de Bohr, selon lequel une même entité peut se comporter comme onde ou comme particule sans que ces descriptions soient contradictoires, mais complémentaires, rappelle la logique du tétralemme bouddhiste et la philosophie madhyamaka de Nagarjuna, qui refuse les catégories binaires du « est » et du « n’est pas ». Les deux traditions invitent à dépasser une logique strictement binaire pour appréhender une réalité plus fluide et contextuelle, de façon non duelle.

Ces résonances sont intellectuellement stimulantes, mais il importe de distinguer deux niveaux de discours. Le bouddhisme est une tradition philosophique et contemplative, fondée sur l’expérience méditative directe et une visée de cessation de la souffrance. La physique quantique est une théorie mathématique prédictive, validée par l’expérimentation. Les résonances relèvent souvent de l’analogie conceptuelle plutôt que d’une équivalence de fond, et le risque d’instrumentaliser l’un pour légitimer l’autre est réel, dans les deux sens.

Cela dit, la rencontre reste stimulante pour qui cherche à explorer des voies de passage. Elle a nourri des travaux comme ceux du physicien Anton Zeilinger ou du philosophe des sciences B. Alan Wallace, et elle continue d’alimenter une réflexion sur les limites de nos catégories habituelles, substance, séparation, permanence, que ces deux traditions, chacune à sa manière, remettent en question.

Une chanson de Claude Dubois – Au Bout Des Doigts

Les paroles sur https://lyriz.progysm.com/chanson.php?idlien=6519

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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